Livres/BD Un conte romanesque qui ne manque pas d'originalité

BRUXELLES Clémentine est née avec une malformation physique: elle un long (et beau) clitoris qui grandit avec elle. Au point qu'à l'âge adulte il mesure un mètre nonante huit ! Après des années de gêne et de perplexité, elle décide, devenue adulte, de ne plus avoir de complexes, de ne pas cacher «cette chose» et même d'en tirer profit. C'est-à-dire de l'exhiber, de la mettre en valeur contre paiement, ce qui lui permettra de voyager à travers le monde. Elle acquiert ainsi, au cours de multiples expériences internationales, une telle compétence au sujet de sa malformation qu'elle finit par ouvrir un cabinet d'experte en clitomotricité. Désormais elle parlera, écoutera, enseignera. Elle recueillera un beau succès mondain. Nous n'en dirons pas plus, pour laisser le suspense entier, mais à la fin, Clémentine finira par s'accepter entièrement comme femme et trouvera simplement le plaisir de vivre envers et contre tout.

Cette histoire pourrait être déplacée, indécente voire scabreuse, si elle n'était traitée avec humour, mêlant le fantastique au quotidien dans un style nerveux et jouissif. N'était l'objet central du propos, ce pourrait même être un conte pour enfants...

«C'est vrai que c'est une fable avec une dimension onirique, dit Sophie Jabès. C'est un conte romanesque, j'aime bien l'expression. En réalité, c'est un livre très prude qui traite d'une partie du corps, comme une autre. C'est d'ailleurs une occasion de faire découvrir aux petits garçons et aux petites filles ces parties du corps qu'on a souvent tendance à cacher. Mon enfant l'a lu. Ce conte romanesque est, pour tout dire, le troisième d'une trilogie dont les deux premiers s'intitulent Alice la saucisse et Caroline assassine. Dans le premier, l'héroïne est une victime, elle souffre. Dans le deuxième, elle est révoltée. Dans le troisième, Clémentine se réconcilie avec son corps, avec elle-même, avec les hommes et, à la fin, est complètement apaisée. Son père mort et sa mère qui voulait la faire opérer, ne pouvant plus rien sur elle, elle retrouve complètement sa liberté et se sent autorisée à aimer l'ami qu'elle a rencontré. Deuxième libération : non seulement elle va garder son intégrité physique, mais, en tant que femme, elle ressentira sa double sexualité, à l'intérieur comme à l'extérieur».

Sophie Jabès. Clitomotrice. JC Lattès.

© La Dernière Heure 2005