Dans l’intimité d’Emmanuel Macron

Isabelle Monnart Publié le - Mis à jour le

Livres/BD L’écrivain Philippe Besson a suivi le candidat Macron jusqu’à sa consécration. Journal d’un écrivain de campagne.

Ça commence comme toutes les histoires d’amitié. Un soir, Philippe Besson est invité dans un dîner. Parmi les convives, Brigitte Macron, avec laquelle il sympathise d’emblée. Elle a été prof de lettres, il est écrivain, le terrain est propice. Nous sommes en 2014. "Quand Emmanuel Macron arrive, une heure plus tard, il y a une chose qui me plaît infiniment : c’est qu’elle ne s’efface pas. Je vois un couple égalitaire."

La conversation s’engage, Philippe Besson avoue être sous le charme d’un homme vif, intelligent. "C’est à la fois fascinant et agaçant, parce qu’il répond à la question que tu n’as pas encore posée. C’est assez troublant. L’homme est assez séducteur, tactile, il te regarde dans les yeux. Comme je suis plutôt facétieux, malicieux, que je dis des horreurs sur le pouvoir et la politique, il me voit comme quelqu’un qui oppose une forme de résistance qui lui plaît. Je vais découvrir après coup qu’il n’est pas sensible à la flatterie ni à la flagornerie."

À la fin du dîner, Macron lui dit qu’ils vont se revoir. Promesse de Gascon, se dit l’écrivain. Et pourtant non : il le rappelle très peu de temps après, ils se revoient et s’ils ne deviennent pas amis, ils sont, à tout le moins, proches. Ils déjeunent, discutent par texto. Une complicité se noue, de sorte que quand Emmanuel Macron quitte le gouvernement et que Philippe Besson comprend qu’il va se lancer dans la campagne présidentielle, l’idée d’un livre lui vient.

"Personne n’était au courant, à part mon éditrice et mon ami. J’ai demandé à Emmanuel le 30 août, le jour où il a démissionné, si je pouvais le suivre pendant ce qui serait sa campagne. Il a dit oui tout de suite…"

À ce moment-là, la probabilité que le livre existe est très faible. "C’est malheur au vaincu", sourit l’auteur. "Il n’y a de livre que sur le vainqueur… Mais c’est ça, aussi, qui m’intéressait : c’était un défi à l’entendement. Je ne suis pas sûr que j’aurais eu envie de suivre un favori. En revanche, s’il réussissait, c’était une aventure hors normes - et c’est le cas -, parce que le type a fabriqué l’histoire et qu’il s’est inventé un destin."

À 18 ans, pourtant, Philippe Besson l’assure, Emmanuel Macron ne s’est pas rêvé président. "Il s’est rêvé écrivain, il y a d’ailleurs des manuscrits qui dorment dans les tiroirs de Brigitte", dit-il encore. "L’ambition de devenir président est arrivée très tard, sur un désaccord avec François Hollande. Mais la bascule s’est produite très vite. À partir du moment où il ambitionne de le devenir, il est convaincu que ça marchera. Il n’y va pas pour faire de la figuration : il est armé d’une forme de résolution, de détermination, de certitude qui impressionne. On est face à quelqu’un qui ne doute pas, alors que moi, je doute. Je pense qu’il ne va pas y arriver. Je me dis qu’on ne peut pas être président à 38 ans, sans parti, armé d’un concept idéologique qui est le centre qui a toujours échoué en France."

Pendant des mois, Philippe Besson, qui travaille par ailleurs sur un autre livre (Arrête avec tes mensonges, Julliard, janvier 2017), va suivre le candidat au plus près, son petit carnet noir à la main. Il va humer, écouter, discuter, pendre des notes "avec (sa) disposition d’esprit du moment". Sans tronquer la réalité, sans réécrire l’histoire a posteriori. "Je cherche à retrouver cet état d’innocence ou de naïveté qui a été le mien, et d’étonnement, tandis que j’écrivais et que la campagne se produisait."

Car ce qui lui tient à cœur, comme dans tous ses romans - et c’en est un - c’est de dresser un portrait intime. "Je ne me suis jamais posé la question de la bonne distance", souligne Philippe Besson. "Je l’ai évacuée d’emblée. Je dirais même que ce qui m’intéressait, c’était de trouver la mauvaise distance. Être soit trop proche, soit trop lointain. Je voulais pouvoir, à certains moments, être en empathie, être fasciné, être intrigué et le dire. Mais aussi las, exaspéré et le dire. Que ce soit sensible, vivant, ressenti. Je me suis imposé un devoir de subjectivité."

Brigitte, une vraie héroïne de roman

C’est par Brigitte que Philippe Besson est arrivé à Emmanuel. "J’ai pour elle une tendresse folle", dit-il. "Elle a été, dans la campagne, le meilleur capteur des humeurs du pays. Le candidat ne voit jamais les Français, cerné par une haie de caméras et de micros. Dans le reste du cortège, il y a des gens qui sont accessibles. Dont Brigitte, qui était disponible, qui les écoutait. Ils sont venus lui dire leur mécontentement, leur désespoir, leur colère. La phrase ‘Dites à votre mari’, je l’ai entendue 500 fois."

Ensuite, et cela a beaucoup touché l’écrivain, la vindicte à laquelle Brigitte Macron a dû faire face, a été sans pareille. "Si lui s’est voulu président, elle ne s’est jamais rêvée Première dame. Elle s’est posé la question de sa légitimité. Je trouve très beau quand quelqu’un est à ce point traversé de doutes."

Enfin, Philippe Besson avoue qu’il l’aime parce qu’elle a été attaquée comme personne. "C’est ignoble. Cette femme a été l’objet d’injures. La rumeur sur l’homosexualité de son mari ne naît que de ça : puisqu’il a épousé une femme de 24 ans de plus que lui, il ne peut pas être un homme normal. On a entendu un journaliste français - Eric Brunet -, qui a une carte de presse, dire ‘Emmanuel Macron est gérontophile’. Il faut un sacré tempérament pour supporter cette violence. Pour ça, elle mérite le respect et l’affection. Par ailleurs, elle me fait hurler de rire !"


Isabelle Monnart