Livres/BD François Walthéry est effondré par la disparition de son ami Jidéhem, un pilier de Spirou et ancien collaborateur de Franquin.

Les éditions Dupuis ont annoncé mardi le décès de Jidéhem. Véritable pilier du journal Spirou des années 1950 à 1970, l’auteur belge de bande dessinée s’est éteint ce dimanche 30 avril suite à un malaise, à l’âge de 81 ans. Il fut, notamment, le créateur de Sophie, une des premières héroïnes de la bande dessinée, et un collaborateur régulier d’André Franquin, de 1957 à 1969, aussi bien sur Gaston Lagaffe que sur Spirou et Fantasio. Il fut aussi l’ami très proche de François Walthéry, le dessinateur de Natacha. Contacté, celui-ci est très affecté par la disparition de Jidéhem.

Quand avez-vous appris la disparition de Jidéhem ?

"Je l’ai appris ce mardi midi par téléphone mais c’est arrivé dimanche. Cela faisait plusieurs jours qu’il n’allait pas bien. Il a eu un malaise et on n’est pas parvenu à la réanimer. En ce qui me concerne, c’est une catastrophe personnelle parce que Jiji était un ami. C’est comme ça qu’il voulait que je l’appelle et non Jean. Pour moi, sa disparition est aussi grave que celle de Maurice Tillieux voici quelques années."

Que représentait-il dans la bande dessinée ?

"C’était un grand bonhomme. Il a commencé dans Héroic-albums dans les années 50-55, c’est là où ont débuté nombre de dessinateurs. Je devais avoir 7 ou 8 ans quand j’ai lu ses premières BD. Lui en avait 17 à l’époque. De fil en aiguille, il a été remarqué par Franquin parce qu’il dessinait admirablement les bagnoles. C’était à l’époque de l’expo 58 à Bruxelles, celle des débuts de Gaston Lagaffe aussi. Il a dessiné les 400 premiers gags de Gaston qui étaient scénarisés par Franquin qui, avec tout le boulot qu’il avait avec Modeste et Pompon , Spirou et Fantasio , etc., n’avait évidemment pas le temps de tout faire. Jiji m’a toujours dit qu’il n’était pas capable de faire un scénario comique. Du classique oui, mais pas du comique parce que c’est un autre métier. Il aimait bien dessiner Gaston. Et Franquin lui disait souvent "Jiji, plu mou, plu mou Gaston" , parce qu’il le dessinait plus raide. C’était son style, une belle plume."

Quels étaient ses traits de caractères ?

"C’était un grand Monsieur de la BD belge. Il était d’une discrétion à faire peur, pas du tout prétentieux. Je peux vous affirmer que c’était un homme d’une grande gentillesse et tout le monde vous le confirmera. C’était aussi un bon vivant qui aimait bien boire et bien manger. Comme nous tous, il rêvait depuis qu’il était petit gamin de faire ce métier. Il me l’avait encore confié il y a peu.

Et sur le plan professionnel ?

"C’était un formidable dessinateur de voitures et ses décors étaient prodigieux. C’est pour ça que Franquin lui faisait entièrement confiance. Les plus beaux albums de Spirou et Fantasio , c’est lui : Z comme Zorglub , Le prisonnier du Bouddha … En dehors des 400 premiers gags, quand dans Gaston vous voyez une découpe de voiture ou un embouteillage, c’est signé Jidéhem. Franquin allait jusque chez lui pour lui demander de faire ci ou ça. Par la suite, Franquin s’est attaché à Gaston et il a fini par le reprendre entièrement. Mais à l’origine, il avait décidé que Gaston était destiné à Jidéhem qui a fait des tas de planches d’essai."

Vous avez également travaillé avec votre ami Jidéhem sur des albums de Natacha…

"Oui, sur les albums Instantanés pour Caltech (1981) et Machines incertaines (1983). C’était formidable de faire ça ensemble. Depuis qu’il a fait mes bagnoles, je n’ai plus jamais osé en dessiner moi-même. Il se foutait de ma gueule quand je faisais une auto parce que si on devait transposer la voiture que je dessinais dans la réalité, il était impossible qu’elle roule. Un jour, j’ai fait un camion avec un double train de pneus à l’avant, ce qui n’existe pas. Je m’étais trompé et Jidéhem s’est bien foutu de ma gueule ! Il avait bien raison." (rires)

François Walthéry (Crédit: Johanna De Tessières)