Livres/BD Dans les Playboy clubs, les Bunny girls recevaient 44 pages d’instructions.

Hugh Hefner était sollicité par des hommes d’affaires. C’est ainsi qu’on l’approcha à propos d’une boîte de Chicago le Gaslight Club, où de très jolies filles, les Gaslight Girls, servaient peu habillées. Hefner accepta d’investir, mais il changea le nom de l’établissement. Un Playboy Club assurerait la publicité de son magazine tandis qu’à l’inverse, le magazine servirait à la promotion de l’établissement.

Le Playboy Club de Walton Street, à Chicago, fut ouvert en 1961. Barbra Streisand et Aretha Franklin y chantèrent lors de l’inauguration. Le lieu fut décrit comme un "Disneyland pour adultes". Quatre étages, un bar, une bibliothèque et, dans tous les coins, des exemplaires des magazines Playboy.

Les filles, superbes, engagées pour servir ici reçoivent un manuel d’instructions de 44 pages. Elles doivent passer à la pesée chaque jour et n’ont droit qu’à un demi-kilo d’écart. Il leur faut connaître 143 marques d’alcool et devenir les reines du cocktail.

En revanche, elles sont protégées. Il est strictement interdit de les toucher. Elles-mêmes ont, pour consigne, de ne pas faire la conversation avec les clients, sauf les C1. C’est-à-dire les VIP.

On leur apprend le Bunny Dip, l’art de servir les boissons à table sans trop se pencher. Car elles sont peu vêtues et ont un décolleté plongeant.

Sur la tête, elles portent deux oreilles de lapin : le symbole de la marque Playboy. Ce logo lapin a été créé, pour la couverture du numéro 2, par le directeur artistique du magazine, Art Paul, 28 ans, sur une idée de Hugh Hefner qui a pensé à un lapin pour sa "connotation sexuelle amusante".

Art Paul a imaginé la silhouette du lapin et son élégant nœud papillon. On l’appellera Bunny. Avec cette recette, le Playboy Club de Chicago fit fureur : 132.000 entrées pour le dernier trimestre de 1961. Il ne tarda pas à faire des petits. À Miami puis à La Nouvelle Orléans pour commencer. Dans quarante villes, ensuite, à travers le monde.

Mais au milieu des années quatre-vingt, le genre subit une soudaine perte de popularité. Tandis que les ventes du magazine diminuaient sensiblement, la gestion des Playboy Clubs se compliquait. Le premier club créé, celui de Chicago, fut aussi le premier à fermer. C’était en 1986. Deux ans plus tard, il n’en existait plus aux États-Unis. Sur le plan international, le dernier Playboy Club survivra jusqu’en 1991.