Livres/BD On achetait Playboy pour les photos de charme, on le vendait pour des interviews chocs.

Le plus chaud des lapins s’est éteint. Hugh Hefner, le créateur de Playboy est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, entouré des siens dans sa maison de Los Angeles, la "Playboy Mansion" qui vécu des années durant aux rythmes des fêtes les plus folles mêlant stars et bunnies. Un décès de mort naturelle à l’âge de 91 ans. Il sera enterré au Westwood Memorial Park de Los Angeles dans un mausolée qui jouxte celui de Marilyn Monroe, celle qui avait fait la première couverture de son magazine.

Depuis que la technique a permis l’impression de photos, il a toujours existé des magazines à caractère érotique. L’idée de Hugh Hefner, qui avait 27 ans en 1953, et de son associé, Eldon Sellers, était d’offrir aux hommes un alibi. On miserait certes sur des photos de charme, mais qu’on couplerait avec des reportages et des interviews sur la politique, la mode et la culture. Ainsi, Monsieur serait en mesure d’expliquer le plus sérieusement du monde à Madame que c’est pour ce reportage intéressant sur Kennedy qu’il a acheté le Playboy du mois. Et rien d’autre… Évidemment…

Mais il est vrai que Playboy proposa des interviews historiques : Fidel Castro, Stanley Kubrick, Ray Charles, Jean-Paul Sartre, Bob Dylan…

Les deux copains ont hésité quant au titre de leur magazine. Ils avaient pensé à Stag Party (un stag, c’est un cerf, symbole de virilité) et à The Gentlemen’s club. Ils ont finalement opté pour Playboy.

Le numéro un est sorti aux États-Unis le 10 décembre 1953. Avec Marilyn Monroe en couverture.

En 1953, elle n’a pas encore tourné les films qui marqueront sa carrière mais elle est déjà une star. C’est un an plus tôt que, dans le film Quand la ville dort, elle est apparue avec les cheveux en blond platiné. Le 7 avril 1952, elle avait fait la couverture du magazine de référence, Life.

Donc, pour leur numéro un, Hefner et Sellers s’offrent une star. En quelques semaines, cinquante mille exemplaires de leur Playboy étaient vendus. Le début du succès. Les modèles offertes à l’admiration des mâles étaient ces pin-up des années cinquante ou, à l’occasion, une star de cinéma, comme Jayne Mansfield, en février 1955. Playboy demandera régulièrement à des stars de se dénuder. On y verra Ursula Andress, Madonna, Sharon Stone, Kim Basinger, Pamela Anderson ou Britney Spears.

Mais, en juillet 1955, Hugh Hefner a une démarche d’un autre type. Il voudrait que des jeunes femmes normales - ou presque - remplacent les pin-up de calendriers. Il s’adresse à sa maîtresse d’alors, Charlaine Karalus, qui est secrétaire au service abonnement. Elle acceptera de se déshabiller mais pose une condition : le boss doit lui promettre d’acheter un adressographe. Il facilitera le travail pour tout le monde, dans son service.

Au début, Playboy suggère. On n’en montre pas trop. Vous constatez certes que la jeune femme est nue, mais le principal est caché par le mouvement d’une jambe ou par un bout de tissu. C’est que la censure veille.

En 1963, les premiers seins de Playboy vaudront à Hugh Hefner un séjour… en prison. Pour "vente de littérature obscène".

Mais en 1965, un concurrent, Penthouse, apparaît en Angleterre où, en pleine époque Beatles, les mœurs sont plus libérées. En 1969, Penthouse est autorisé sur le marché américain. Cette fois, c’est la concurrence à celui qui osera le plus. En août 1969, pour la première fois, un nu intégral apparaît dans Playboy. Il faut croire que cela correspond à une attente puisque le numéro de novembre 1972, avec Pam Rawlings, en couverture, restera celui du record absolu des ventes : plus de sept millions en un mois.