Livres/BD Le caricaturiste belge présente Décumul intégral , recueil de ses meilleurs dessins de l’année.

Comme chaque année, le caricaturiste attitré de La Dernière Heure/Les Sports , Frédéric duBus remonte le temps afin de dénicher ses meilleurs dessins des douze mois écoulés et d’en faire un livre. Le dernier arrivé s’intitule Décumul intégral(Éditions Renaissance du Livre). Un titre évocateur pour une première de couverture à deux volets qui en fera sourire plus d’un… "C’est une torture pour moi d’aller voir mes vieux dessins parce que je suis un éternel insatisfait. Je pense toujours que je pourrais faire mieux" , nous explique Frédéric du Bus (ex- Votez pour moi )qui n’a pas hésité à se mettre à nu (voir le dessin de droite) pour faire la promotion de son nouveau recueil dans lequel on retrouvera les sujets d’actu qui ont bercé l’année. "De Donald Trump à Emmanuel Macron en passant par le Samusocial ou encore Publifin . C’était une année de scandales."

On a l’impression que la matière est inépuisable, que vous n’êtes jamais à court d’idées…

"Dans l’actualité, il y a toujours quelque chose à dire. La preuve, je fais ça depuis 1989. Il y a des jours où il y a des creux et des jours où il y en a trop mais je trouve toujours quelque chose à me mettre sous la dent."

Vous imposez-vous des limites lorsque vous dessinez ?

"Oui, le mauvais goût. (sourire) Je ne vais commencer à aller dessiner un pénis, par exemple. Je ne suis pas dans la provocation, dans le style Charlie Hebdo . On fait le même métier mais je ne me considère pas comme un dessinateur engagé. Eux font du hard rock, moi du pop folk. Avec l’expérience, on ose prendre des risques, frôler les limites. Je ne me suis jamais dit : duBus, tu as été trop loin. Par contre, je me dis parfois que j’aurais pu aller plus loin ! En tout cas, je ne me suis jamais senti frustré ou censuré. J’ai peut-être un type d’humour grand public au fond…"

© DR

Ce qu’on le retrouve dans vos dessins, c’est la vision de duBus ?

"Non. Je ne mets, ou en tout cas je n’essaye pas, de mettre mes idéologies politiques en avant dans mes dessins. Essayer de faire passer un message, c’est souvent la meilleure façon de rater son dessin. Mon but, c’est de faire rire avant tout."

Les caricatures, c’est une autre façon de se tenir informé, selon vous ?

"J’en suis persuadé. Je pense même que dans cinquante ans, les historiens trouveront plus intéressant d’aller feuilleter nos dessins pour mieux comprendre une situation, un état d’esprit. La caricature, c’est une façon de faire voir l’actu de manière beaucoup plus simple et ludique."

Quand avez-vous commencé à dessiner pour faire rire ?

"Plus jeune, je caricaturais mes profs. (rire) J’ai toujours aimé faire rire les autres mais mon rêve n’a jamais été de devenir caricaturiste. C’est bien simple, je ne voyais pas ça comme un métier car, quand j’ai commencé, ce métier n’existait pratiquement pas en Belgique francophone. Maintenant, c’est devenu une piste de carrière tout à fait envisageable."

Quelles sont vos références en matière de dessin ?

"Étrangement, mes références ne sont pas dans les dessins d’humour mais dans la bande dessinée belge des années 50 à 70. J’adore les dessins d’André Franquin, par exemple."

Vous êtes sensible à ce que font les autres caricaturistes ?

"Je n’aime pas trop regardé le travail des autres parce que, quand c’est très bon, ça m’embête et quand c’est mauvais, ça m’embête aussi parce que je me dis que j’aurais pu faire mieux ! (rires) En France, j’ai toujours aimé le style de Pétillon."


"La concurrence me tétanise"

Outre les dessins qu’il fournit chaque jour à plusieurs quotidiens dont La Dernière Heure/Les Sports, Frédéric du Bus a plein de projets en tête. Encore faut-il est concrétiser… "J’ai envie de refaire de la peinture, de la sculpture, un bouquin pour enfant. Je pense qu’il n’y a que moi qui y crois !" (rires), nous explique le dessinateur qui nous parle d’un métier où la concurrence devient de plus en plus féroce. "Ça devient de plus en plus compliqué car le nombre de caricaturistes monte en flèche. La concurrence me tétanise. Les plus jeunes débarquent avec un regard neuf. J’ai pris une année sabbatique en radio à cause de tout ça. J’avais l’impression que le sujet que je voulais traiter avait été ratissé 5 fois avant moi. J’ai horreur d’avoir le sentiment de me répéter. C’est un combat quotidien."

La caricature est devenue, au fil des années, un métier à la mode." Je

trouve qu’il faudrait beaucoup moins de caricaturistes. À force d’en mettre partout, on déforce le pouvoir du comique. C’est un peu comme une boule puante, à force d’en mettre partout, on ne sent plus que ça pue. Selon moi, il faut en user avec parcimonie pour en garder la force. Trop d’humour, tue l’humour et le retour de bâton va bientôt arriver."