Livres/BD Où sont passés nos espions ? revient sur les errances des enquêtes sur les attentats.

La lecture - passionnante - de Où sont passés nos espions?, radioscopie au laser du travail du Renseignement français, est du premier intérêt du côté belge de la frontière. Il restitue notamment les grands soucis connus entre les équipes belges et françaises, dont les bisbilles ont déjà été retracées par La DH. "Du côté français, on s’est à un moment demandé s’il fallait rapatrier les policiers des équipes communes d’enquête. Les magistrats belges avaient des griefs sur les fuites dans la presse, attribuées aux enquêteurs français. D’où des tensions, des fâcheries. Du coup, le couple franco-belge qui était à la pointe en matière de terrorisme et de grande criminalité bat de l’aile. Conséquence majeure : les enquêteurs belges se tournent de plus en plus vers les États-Unis", décrit Eric Pelletier, coauteur et journaliste au Parisien/Aujourd’hui en France. "C’est triste car, pour des raisons géographiques, linguistiques, pratiques, le plan européen de coopération le plus abouti, c’était le plan franco-belge. Ces équipes communes d’enquête fonctionnaient bien."

Les moqueries françaises sur le traitement belge du djihadisme sont aussi évoquées dans l’ouvrage. "Les reproches principaux ? N’avoir pas arrêté Abaaoud. Mais aussi les cachotteries, comme la non-inscription de Salah Abdeslam comme terroriste potentiel sur les fichiers Schengen. Ensuite, on a beaucoup ironisé sur l’incapacité de stopper Salah Abdeslam pendant quatre mois alors qu’il était sous le nez des enquêteurs. Mais rappelons qu’Ivan Colonna, l’assassin du préfet de Corse, a fait quatre ans de cavale. Il n’y a pas de leçon à donner", tempère Eric Pelletier.


Où sont passés nos espions, éd. Albin Michel, 330 p., 21,50€