Livres/BD Le metteur en scène publie un deuxième livre de souvenirs. Un beau document

PARIS Au récent Festival de Cannes, la profession cinématographique lui a rendu un vibrant hommage. Gérard Oury, 82 ans, accompagné de sa compagne Michèle Morgan, aime toujours passionnément son métier. Et pourtant, la cruauté de la vie lui fait traverser une terrible épreuve: Gérard Oury est aujourd'hui quasiment aveugle.
Dans Ma grande vadrouille, son deuxième livre de souvenirs qui vient de paraître, treize ans après Mémoires d'éléphant, il avoue: `L'horizon s'est rétréci et je marche presque à tâtons, sans canne blanche, mais tout de même avec une canne au manche recourbé et un embout de caoutchouc. Constamment exaspéré lorsque quelqu'un veut charitablement m'aider, je l'envoie dinguer, mais j'en ai besoin.´

Bourvil et Coluche

Un ouvrage qui se présente sous la forme d'un abécédaire. A la lettre B, il est bien entendu question de Bourvil: `Joyeux, généreux, désintéressé, bon camarade, tel fut André Raimbourg, dit Bourvil, le meilleur homme qu'il m'ait été donné de connaître. () Lorsqu'il disparut, on s'aperçut qu'il était criblé de dettes. Il avait avancé de l'argent à des gens qu'il connaissait à peine, mais qu'il savait en difficulté.´
La lettre suivante évoque un autre artiste décédé, Coluche, avec qui Gérard Oury a travaillé, c'était pour La vengeance du serpent à plumes: `La chose qui m'a le plus frappé chez Michel Colucci, ce n'est pas l'assemblage hétéroclite des visiteurs de tout poil venant le saluer, mais sa générosité. Posée sur un meuble au troisième ou quatrième sous-sol, une grande coupelle était remplie de pièces et de billets, attendant ceux qui voulaient se servir s'ils en avaient besoin.´
Plus loin, le metteur en scène rappelle à quel point la sortie de Rabbi Jacob fut mouvementée, juste au moment de la guerre du Kipour: `Cela provoqua des réactions inattendues de la part de gens qui n'avaient pas la moindre idée du message de tolérance et d'amitié que j'avais voulu faire passer.´
Un drame toucha l'entourage professionnel d'Oury. Danielle Cravenne, l'épouse de Georges, chargé de la promotion de Rabbi Jacob, était propalestinienne. Pour elle, l'oeuvre d'Oury constituait un film politique aux orientations bien tranchées et naturellement prosémites et antiarabes. Elle détourna un avion, exigeant, contre la liberté des passagers, que Rabbi Jacob ne soit pas distribué! La police intervint et tua Danielle Cravenne. Il se trouva des esprits dérangés pour accuser Georges Cravenne d'avoir organisé l'assassinat de son épouse dans un seul but: faire de la pub au long métrage de Gérard Oury

Son chef-d'oeuvre: sa fille

Au fil des pages, Gérard Oury évoque à diverses reprises sa fille, Danièle Thompson, avec qui il a cosigné la plupart de ses scénarios. Il dit notamment: `Elle fut et demeure ce qui m'est advenu de meilleur au cours de ma vie, mon chef-d'oeuvre absolu.´ Il se souvient avec émotion de la mort, dans ses bras, de sa mère, voilà vingt et un ans: `Mon désespoir est immense. () Aujourd'hui encore, il n'est de jours où je ne pense à elle.´
Il cite Suzanne Flon: `Après soixante-dix ans, si on n'a pas de douleurs le matin, c'est qu'on est mort.´
Il confesse que, voilà une trentaine d'années, il a eu des vues sur une actrice italienne qu'il avait dirigée. Michèle Morgan l'apprit et le roua de coups de poing Un peu plus tard, elle partait en tournage à Rome. Et Gérard Oury se demande encore si elle ne s'est pas vengée en succombant au charme `d'un acteur français très beau et assez bêta´ ! Philosophe, il a ces mots: `Après tout, si tel avait été le cas, un coup de canif dans un contrat d'amour, est-ce si important?´

Gérard Oury - Ma grande vadrouille - Plon