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Gilles Martin-Chauffier, écrivain et rédacteur en chef de Paris Match, signe L'ère des suspects, un roman où le cynisme le dispute à l'ironie sur fond d'enquête policière en banlieue. Rencontre.

Versières, en banlieue parisienne. Dans la Cité Noire, les gamins tiennent les murs et cherchent des petites misères aux flics qui osent s'aventurer dans ce territoire oublié de la République.

Quand, tout à côté de la ligne du RER, le corps d'un jeune beur est découvert en bas d'un talus, les esprits s'échauffent. La veille, il avait été pisté par un policier, soucieux sans doute, de faire un peu le beau devant sa nouvelle collaboratrice. Si tout le monde s'accorde à dire que les forces de l'ordre n'ont rien à se reprocher, tout le monde s'en mêle: avocats, grands frères, famille, politiques. Chacun avec l'ambition affichée de "faire éclater la vérité". Quand chacun, pourtant, n'entend rien d'autre que tirer la couverture à lui.

Avec une bonne dose de cynisme, d'humour noir et d'ironie, Gilles Martin-Chauffier, trente ans de journalisme au compteur, marche dans les pas des uns et des autres, auxquels il donne successivement la parole. Y compris au rédacteur en chef de Scoop, un magazine qui ressemble à s'y méprendre à celui qu'il dirige depuis plus de vingt ans: Paris Match.

Derrière le personnage de rédacteur en chef, on ne peut pas ne pas Gilles Martin-Chauffier. Qu'est-ce qu'il y a de vos frustrations à Paris Match que vous avez pu mettre dans le roman ?

"Là, j'ai raconté, vraiment, la vie de rédacteur en chef ! Avec ses frustrations, c'est vrai. J'adore faire tout le journal mais ce qui est insupportable, c'est le people. Sur 120 pages, on en fait 100 les doigts dans le nez sur des reportages, de la politique, de la culture. Et puis, il y a les 20 pages people qui sont des négociations à la Talleyrand, absolument infernales. L'un des thèmes du livre, c'est aussi le double langage de la société française, tout le monde en a un et les journaux Match - ou Scoop , en l'occurrence - les premiers."