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Sam Adams est de retour. Et avec lui, son aréopage de bandits, de criminels et de femmes fatales

BRUXELLES Vous pensez qu'il exagère ? Que dans ce milieu huppé - celui de l'art contemporain - on ne croise que des esthètes et des amoureux du beau ? Que les politiques ne sont là que pour aider les citoyens ? Et que Guantanamo, ce n'est pas si terrible qu'on le dit ?

Harry Bellet , qui signe Passage du vent , est tout disposé à vous prouver le contraire. C'est d'ailleurs ce qu'il fait dans son roman. Nous assurant même que, sous bien des aspects, il est largement en dessous de la réalité...

"Le voyage sur le fleuve gelé, à Moscou, dans un bateau à grande vitesse avec de la musique rock à fond, je l'ai fait ", dit le journaliste du Monde , spécialiste de l'art contemporain qui, dans ces moments-là, c'est vrai, se dit qu'il ne fait pas le plus moche métier du monde. Pourtant - et comme pour reposer les pieds sur terre, de temps en temps -, le plumitif est devenu romancier.

"En 2001, j'avais écrit un essai assez sérieux sur ce milieu (Le marché de l'art s'écroule demain à 18 h 30 , NdlR ) et une éditrice m'a suggéré de raconter ce que je savais sur certains conservateurs un rien corrompus. Je me suis dit qu'il y avait plutôt matière à écrire un roman. "

Et même à en écrire plusieurs puisque, après L'affaire Dreyer (en 2004) et Carré noir (en 2007), revoici donc Sam Adams dans de nouvelles mésaventures, avec, en toile de fond, la redoutable prison de Guantanamo.

"Cela fait 20 ans que je travaille comme journaliste et ma capacité d'indignation s'était un peu émoussée, je le crains. Mais quand je suis tombé sur le rapport qui faisait état de la manière dont on interroge les prisonniers dans cette zone de non-droit, je suis resté sans voix. Et je me suis dit que la littérature servait peut-être aussi à cela : faire prendre conscience de certaines choses. "

En y enfermant Sam Adams pour des raisons qu'il ne comprend pas, il a pu, sur base de rapports officiels, se glisser virtuellement derrière les barreaux de la trop célèbre prison. "C'est le seul endroit que je décris dans le livre, où je ne suis pas allé ", concède-t-il. "Pour le reste, j'aime être correctement documenté. Grâce à mon métier de critique, j'ai vu Cuba, Moscou et tous ces lieux où se déroule mon roman. "

Harry Bellet, Passage du vent , Robert Laffont.



© La Dernière Heure 2009