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Calixthe Beyala ne confirme ni ne dément que l'homme qui lui offrait le ciel est Michel Drucker


BRUXELLES On vous en parlait dans notre édition de samedi : Calixthe Beyala vient de publier un roman (L'homme qui m'offrait le ciel) qui fait état de la passion torride entre son héroïne, Andela, qui lui ressemble fabuleusement, et François Ackerman, animateur de télé de son état, qui a de nombreux traits communs avec... Michel Drucker. Ainsi, François, une soixante d'années, reçoit des people dans une émission célèbre chaque dimanche, a souffert de la mort de son frère d'un an son aîné, aime les animaux... La frontière entre le réel et l'imaginaire est mince, le tout-Paris s'interroge. Ce François, marié depuis des années mais qui fait chambre à part avec sa femme et qui se délecte des plaisirs de la chair avec Andela, serait-il bel et bien Michel Drucker et Andela, Calixthe ? L'auteur nous répond.

Quelle est la part du vrai dans ce roman ?

"L'autofiction existe depuis la nuit de l'écriture : les écrivains mettent en scène leur vie, leurs expériences, leurs rencontres. Ce n'est pas une nouveauté. Ce personnage d'Andela on la retrouve déjà dans certains de mes livres. Je ne vois pas pourquoi ça crée autant de polémique. Ce personnage a toujours existé dans mes livres. On ne peut pas séparer l'imaginaire de l'expérience chez un écrivain puisque c'est de ça qu'il se nourrit pour pouvoir créer."

Que pensez-vous de la polémique qui entoure ce livre ? Michel Drucker est-il bel et bien caché derrière François Ackerman ?

"Chacun tire les conclusions qu'il veut, chacun dit ce qu'il pense. S'il y a quelqu'un qui se sent concerné, c'est son problème. Il n'a qu'à réagir, s'il pense que c'est de lui qu'il s'agit. Je n'ai aucune maîtrise sur les événements dans ces cas-là. Une fois qu'un livre est sorti, le public peut le réécrire un million de fois à sa façon. Je n'ai ni à confirmer ni à démentir quoique ce soit dans cette histoire-là. Ce n'est pas mon rôle. Mon rôle, c'est d'écrire. Et ça peut rencontrer des personnalités, des personnages, ou des caractères de personnages existants..."

Avec ce roman, vous vouliez rendre hommage à cet amour ou plutôt vous venger ?

"Je pense que c'est avant tout un grand roman d'amour, le récit d'une passion absolue entre deux êtres que rien au départ ne devait rapprocher. Elle est une intellectuelle, lui n'a pas été à l'école ou à peine. Elle est une militante, lui vit dans son bocal de vedettes. Elle est une femme engagée dans le monde, il ne connaît que le 7e arrondissement de Paris. Il a plus de 60 ans, elle en a 45; elle est noire, il est blanc. Il y a plein de choses presque antinomiques et ils vont s'aimer quand même follement. J'ai voulu rendre hommage à cet amour... Je ne pense pas qu'il y ait de la vengeance dans ce roman. Ou alors ça se résume à la dernière phrase qui est : l'acte le plus courageux de la vie de François, c'est de m'avoir aimée et à ça, il n'y a rien à ajouter."

François est donc marié mais ne cache pas la relation adultérine qu'il entretient avec Andela...

"Ce n'est pas une relation réellement d'adultère. C'est une relation adultérine pour le grand public mais quand vous lisez le livre, Andela est la femme de sa vie à ce moment-là. Il ne se partage pas entre elle et une épouse. C'est elle qui devient le centre de ses battements de coeur, de ses pensées, de sa vie pendant deux ans. Disons que c'est plutôt une parenthèse qu'une relation d'adultère. Parce que l'adultère signifie qu'on se cache. Et là, c'était une relation pleine..."

Ce livre pose une question : la passion peut-elle lutter contre la pression sociale ? La réponse est non...

"Ça dépend... Avec certains types de personnages formatés pour la réussite, le bien-être social, pour le confort absolu, pour les êtres attentifs au qu'en dira-t-on, aux regards de l'autre, la passion ne peut rien. Ces êtres préfèrent souffrir, comme François Ackerman, que de risquer le scandale d'un divorce public."

Est-ce que finalement, vu qu'elle se termine mal, Andela n'aurait pas préféré ne pas vivre cette passion ?

"Est-ce qu'il y a des histoires d'amour qui se terminent bien ? Je n'en connais pas. Une histoire d'amour magnifique se termine toujours et très mal, intentionnellement ou pas : l'être aimé peut mourir... À un moment donné, on se retrouve comme amputé d'une partie de soi-même, pleurant, souffrant, malheureux parce que l'autre n'est plus là. Et si ces histoires d'amour sont belles c'est parce que, inconsciemment, on a déjà enregistré le fait qu'un jour ou l'autre, on en souffrira."



© La Dernière Heure 2007