Livres/BD Dans un premier roman très amusant, Isabelle Mergault réunit un casting de dingues

C’est l’histoire d’une petite Rose qui, au temps de vingt ans, avait déclos sa robe de pourpre au soleil. Las !, aujourd’hui mariée à un homme dont elle croit qu’il la trompe, la bijoutière déprime. La preuve : lorsqu’un individu (mal) cagoulé débarque dans sa boutique et lui lance : " La combinaison du coffre, ou je te bute ". Elle répond, désabusée : " Butez-moi ". Voilà pour l’entame du premier roman d’Isabelle Mergault, court texte déjanté qui voit défiler une fille bègue, un serveur de bistrot neurasthénique flanqué d’un teckel très jouette, une vieille aigrie mais amoureuse et on en oublie. Dit comme ça, on pourrait croire qu’Un escargot tout chaud donne une furieuse envie de sortir le Xanax. Or, pas du tout : on rit de bout en bout et on pleure même à la fin… " Tant mieux ", sourit la néoromancière. " Dans Je vous trouve très beau, les gens riaient mais pleuraient à la fin. Ça me plaît bien, à moi ! C’est parce qu’on est avec les personnages, on les suit, on s’identifie à elle, à cette petite Rose qui, malgré ses kilos, se sent toute légère, à la fin. Elle comprend que ses kilos n’ont rien à voir avec l’amour. Que l’amour ne se pèse pas aux kilos qu’on prend avec les années. Mais elle ne le savait pas... "

C’est terrible, parce que ces deux-là s’aiment, mais ils ne savent plus comment se le dire…

"L’incommunicabilité, c’est terrible. Il ne faut jamais la laisser s’installer dans les couples, avec ses enfants, ses amis. Parce qu’elle ressemble vite à de l’indifférence. Les non-dits, on leur fait dire beaucoup de chose, alors que parfois, ce ne sont que des silences. Dans ce livre, ils parlent beaucoup, mais justement, pour cacher ce qu’ils devraient se dire d’essentiel… Elle, elle croit qu’elle n’est plus aimée. Et puis, ce braqueur au bras cassé, qui était là pour donner la mort, va finir par donner la vie à tout le monde."

Rose, ce n’est pas vous, mais vous semblez y avoir mis beaucoup de vous !

"Mais bien sûr que c’est moi. J’ai souvent cru que je n’étais pas aimée, mais pour d’autres raisons. Pas pour mon tour de taille, mais pour d’autres choses et j’ai cru que le désamour s’installait à cause de ça. Mais je me plantais complètement, je me faisais un cinéma, croyant que j’étais trop ceci ou pas assez cela. Je l’ai faite grosse parce que c’était efficace tout de suite et que c’était, effectivement, un cercle vicieux. Rose ne supporte même plus de se regarder elle-même. Elle est comme une adolescente complexée, qui est mal dans sa peau. En plus, ce couple a mis tout son amour - trop d’amour - dans leur fille. Elle n’avait tellement pas son mot à dire qu’elle s’est mise à bégayer. Bref, ils ont tout foiré parce qu’ils n’ont pas su se tenir la main."

À vous lire, on se demande pourquoi vous publiez un roman seulement maintenant !

"J’avais envie d’être libre. J’ai tellement écrit : une vingtaine de scénarios, des pièces de théâtre. Mais on n’est pas libres : les acteurs veulent un rôle plus important, ou pas comme ça. Bref, on est assujettis à des désirs. Au cinéma, n’en parlons pas : tout est lié à l’argent. Et puis, il faut que ça fasse une heure et demie, on a des intermédiaires. Là, j’avais envie de ne pas en avoir, de faire ce que je voulais. Et puis, j’avais envie que l’objet existe ! Pourtant, Dieu sait que je ne suis pas du tout attachée au matériel, je n’ai aucun film de moi, aucune critique, je n’ai même pas de photo de moi, pas un scénario qui traîne. Est-ce que c’est parce que j’ai une fille (Maya, une petite fille d’origine nigérienne, qu’elle a adoptée, NdlR) , je ne sais pas... Mais j’avais envie de mettre quelque chose que j’ai écrit dans ma bibliothèque et de pouvoir le prendre. Le donner."

---> Isabelle Mergault, Un escargot tout chaud, Grasset.


Une tentative de suicide à 29 ans

Des personnages que la mort importe peu, il y en a plein dans Un escargot tout chaud. Pour le coup, là aussi, Isabelle Mergault a mis un peu d’elle puisqu’elle avoue avoir, à 29 ans, fait une tentaive de suicide. "Moi, quand j’ai mis fin à mes jours, je n’avais plus envie de connaître la fin de mon film, le générique de fin ne m’intéressait pas. Il y avait quelque chose qui ne voulait pas cuire, qui manquait d’excitation, je ne m’aimais pas trop, je ne savais pas ce que je foutais là. Mais quand je suis revenue de mon coma, au bout de pas mal de jours, et que je me suis un peu remise sur pieds, là, je me suis donné naissance. Réellement. À partir de là, tout me réussissait. J’avais tué ce film qui ne m’intéressait pas. J’ai fait un autre film et, celui-là, j’ai envie d’en voir la fin."


Mélenchon, ce poète…

À quelques jours du premier tour des élections en France, elle déclarait dans Le Figaro : "Mélenchon m’a fait retrouver l’optimisme de ma jeunesse". S’il n’est pas au second, l’actrice et romancière n’en demeure pas moins impressionnée par le personnage. "Ce serait une hérésie de sortir de l’Europe, et je vais voter Macron, forcément. Mais personne ne me fait rêver. Mélenchon nous a réveillés. Il y avait un souffle, c’était formidable ce qui se passait dans ses meetings. Il était inspirant, il parlait poésie ! Il n’a pas un discours de haine. Un mec qui cite Homère et Victor Hugo, il ne peut pas mal gouverner. Mélenchon, quand il ouvre les bras, il les ouvre vraiment. Les autres sont timorés, Marine Le Pen fait peur à tout le monde… Moi, je n’ai pas envie de sortir de l’Europe ! Sinon, je m’installe en Belgique et je demande l’asile politique."