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Jacques Expert évoque son enfance et son père dans un livre drolatique.

Un été, au cœur des années 60. Comme chaque année, Jacques Expert et sa sœur Martine s’en vont rejoindre leur père pour les vacances, à Vieux Boucau, dans les Landes. Jean, un rien mythomane, un rien frimeur, y est maître-nageur bénévole. Le king de la plage, c’est lui. Pas question de bouger un orteil sans qu’il ne vous ait à l’œil. Aussi, quand débarquent un jour Jacques Brel et sa famille, le père Expert prend la vedette sous son aile et s’arrange pour que son court séjour se passe dans les meilleures conditions. Sauf que…

Difficile de parler du livre sans dévoiler le switch final…

"Ah mais on peut l’écrire. Surtout pour vous qui êtes belge et qui connaissez Brel. Dans le livre, ce couple a un garçon et une fille, or, on sait que Brel avait deux filles. La clef est donnée. Mais à l’époque, plusieurs choses ont joué : la ressemblance, le fait que le mec soit belge et la volonté de cette plage d’y croire. Au-delà de mon père qui voulait être l’ami de Jacques Brel et le seul à pouvoir l’approcher et lui parler, les gens étaient tellement fiers d’avoir une vedette sur cette petite plage qu’ils préféraient garder la distance. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’était justement la fin : ce n’était pas Jacques Brel ! Mais tout le monde voulait le croire. Sans ça, il n’y aurait pas eu de livre ! Ma sœur, ce n’est que quand elle a lu ma nouvelle l’an dernier qu’elle a découvert que ce n’était pas lui !"

Il lui ressemblait à ce point ?

"Moi, j’étais enfant et je n’en avais aucune idée. Mais pour toute la plage, il lui ressemblait. Et lui, il n’a pas dû comprendre pourquoi tout le monde était aux petits soins. Comme personne n’osait lui parler et donc l’appeler Jacques, le mec n’a pas dû piger pourquoi toute la plage l’a applaudi le jour où il est parti."

Aujourd’hui, l’histoire ne tiendrait pas cinq minutes !

"Bien sûr que non, c’est inconcevable. Il y a tellement plus de journaux people ! À l’époque, il y avait Nous Deux, Jour de France, Paris Match … Il n’y avait surtout pas l’immédiateté d’aujourd’hui. Jacques Brel était une icône, une super-vedette. Le fait qu’il débarque sur cette plage, les gens n’en revenaient pas. Ils avaient tellement envie d’y croire qu’ils n’ont même pas essayé d’en savoir plus."

C’est impressionnant, aussi, de voir que les gens deviennent quelqu’un d’autre au contact d’une célébrité…

"Ça, c’est toujours vrai aujourd’hui. On devient même quelqu’un d’autre au côté de Nabilla. Aujourd’hui, vous la mettez sur une plage, elle n’a pas la paix cinq minutes. Jacques Brel non plus, s’il était toujours de ce monde. Les gens célèbres n’y vont plus : ils se font mitrailler, Instagramer, Twitter. Aujourd’hui, vous avez un coup de soleil, vous êtes en couverture de Voici . Je ne suis pas en train de dire que c’était mieux avant… Dans trente ans, les gens diront toujours que c’était bien quand ils étaient enfants. Parce qu’on n’en garde que les bons souvenirs, surtout quand on a eu une enfance plutôt heureuse, comme la mienne."

Ce livre, c’est aussi un tableau d’une certaine France. Qui fait un peu penser au Petit Nicolas…

"C’est vrai. Le petit Nicolas , c’est les années 50, moi la fin des années 60. Il y a dix ans de différence, mais c’est la même ambiance. Où les choses sont assez sereines et tranquilles. Il n’y a pas le chômage, pas les chaînes d’info. C’étaient encore les Trente Glorieuses. Les gens prenaient encore un mois de vacances !"

Votre livre est inspiré de votre histoire ou plus que ça ?

"C’est totalement autobiographique ! L’histoire est totalement juste, je l’ai vécue. Mais j’étais enfant et j’ai des souvenirs qui ne sont peut-être pas précis. Par contre, quand les Brel sont apparus sur la plage, ils étaient en bleu, ça, j’en suis sûr. Les personnages annexes, les conversations avec les maîtres-nageurs, je les ai rassemblés."

Jacques Expert, Ne nous quittons pas, Albin Michel

Un homme stressé

"Jean-Pierre Pernaut, j’ai également travaillé avec lui, et c’est un chic type. Après, on peut ne pas aimer ce qu’il fait… Mais il gueule tout le temps sur son équipe ! Mais après, tout s’arrange. C’est son mode de fonctionnement. Il est très stressé, en fait. Ça fait tellement longtemps qu’on le connaît : il a succédé à Mourousi, quand il a quitté la présentation du journal. Au départ, Pernaut est apparu comme le traître, alors qu’il n’y était pour rien. Moi, en revanche, il ne m’a jamais engueulé !"

Menacé par le père d’Audrey Pulvar

Dans son roman, Jacques Expert avoue une passion dévorante pour le cyclisme. "Mais ça m’est passé", sourit-il "En fait, mon premier boulot, quand j’avais 20 ans, c’était journaliste sportif en Martinique. Je couvrais surtout le foot. J’étais commentateur du foot, sur Radio Caraïbes, tous les samedis et dimanches. J’y suis resté quatre ans."

Comment était-il arrivé là ? "J’allais faire Sup de Co, quand j’ai vu une petite annonce dans Le Monde qui disait : Cherche journaliste pour les Antilles. J’ai trouvé ça marrant, j’ai répondu, j’ai passé les tests. Je n’étais pas très bon, mais je n’étais pas exigeant financièrement ! J’ai été pris et c’est comme ça que suis parti. J’ai appris la radio sur le tas. Au début, je faisais des informations générales, puis je suis allé vers le football. En 1981, j’ai même fait un livre, La Grande Histoire du foot martiniquais, en deux tomes. Avec Christian Cabréra, qui était la vedette ! Un éditeur le lui avait demandé, mais il n’y arrivait pas bien. Du coup, j’ai pratiquement tout écrit. Un jour, des indépendantistes sont venus chez moi, quand ils ont appris que le livre se faisait. Ils m’ont dit : Jacques, un Blanc n’a pas le droit d’écrire l’histoire du foot. Soit, tu arrêtes, soit on te met sur un bateau et tu rentres en France à la rame. Parmi les trois qui étaient venus chez moi, il y avait le père d’Audrey Pulvar !"

Un garçon vraiment sympa

"Quand j’étais directeur des magazines de M6, Laurent Delahousse était journaliste à LCI et je l’ai engagé pour faire un magazine qui s’appelait De quel droit ? , un truc entre Faites entrer l’accusé et un magazine de consommateurs. À M6, avec des sujets assez longs et des plateaux assez courts. Ça a mis un coup de projecteur sur lui et ça a, un peu, lancé sa carrière. C’est aussi avec moi, sur M6, qu’il a commencé le principe de Un Jour, un Destin . C’était un programme court, de cinq minutes… C’est un garçon vraiment sympa, qui n’a pas la grosse tête."