Livres/BD Hervé Vilard raconte son enfance, ballottée d'orphelinats en familles d'accueil, dans un livre poignant et juste

BRUXELLES La mode est aux autobiographies. Celle d'Hervé Vilard sort pourtant du lot. Par sa qualité d'écriture, qui révèle un auteur qu'on ne soupçonnait pas. Mais aussi par le récit poignant de cette enfance déchirée, celle d'un garçon séparé de sa mère, puis ballotté d'orphelinats en familles d'accueil, avant de passer par les maisons de correction. Et pourtant, le petit René Vilard (c'est son vrai prénom), matricule 764 aux yeux de l'assistance publique, s'en sortira pour devenir l'auteur de Capri c'est fini. La mèche qui retombe sur le front, Hervé Vilard a désormais 60 ans. Il était hier à Bruxelles pour parler de son livre, L'âme seule. Tout en évoquant la Belgique qu'il aime (il possède un terrain à Bruges), il replonge dans son enfance. Et parle avec les mots qui viennent du coeur.

Pourquoi, à 60 ans, avoir décidé de vous mettre à nu en couchant sur papier toute votre jeunesse?

«Je ne me suis pas mis à nu. Ce n'est pas un livre de ragots mal écrits, ce que j'appelle des peopleries. Je me suis servi de mon histoire d'orphelin pour raconter un récit, comme le font la plupart des auteurs, avec un souci de la langue française. Sinon, je me serais contenté d'écrire un bouquin dicté sur cassette avec un journaliste.»

Pourquoi maintenant?

«Parce qu'il était temps. J'ai fait un livre pour les vivants car je suis moi-même vivant. Je ne voulais pas attendre qu'on le fasse à ma place car je suis mort.»

L'ombre de votre mère plane sur tout le livre. Enfant, on vous dit qu'elle est morte. Mais lorsque vous découvrez qu'elle est vivante, on vous prévient: si vous la rencontrez, c'est la maison de correction!

«C'est l'époque où les campagnes étaient en train d'être désertées en France. Plus personne ne voulait travailler la terre. La République se chargeait d'encourager les filles mères à abandonner leurs enfants pour repeupler les campagnes et en faire de nouveaux paysans. Ma mère n'avait pas signé la charte d'abandon, si bien qu'à chaque fois qu'elle situait où je me trouvais, on me changeait de famille. J'ai eu 7 familles d'accueil différentes!»

Vous retrouvez finalement votre mère dans un petit hôtel alors que vous êtes déjà célèbre. Au moment de la prendre dans vos bras, les paparazzi surgissent des armoires. Pourtant, vous ne consacrez qu'une page, la dernière du livre, à ces retrouvailles...

«Ça mériterait un autre livre. J'y pense, mais ce ne sera pas le suivant. Je suis d'abord en train d'en écrire un autre.»

Lorsque vous arrivez à Pigalle, vous finissez par poser nu pour un pervers...

«Je l'ai fait pour survivre. Quand on a faim, on peut se prostituer. J'ai des camarades qui l'ont fait. Moi, j'ai posé nu. Mais je ne l'ai jamais refait.»

Le tournant de votre vie, c'est la rencontre, à 15 ans, avec Daniel Cordier, ancien secrétaire personnel de Jean Moulin, qui vous prend sous son aile et devient le père que vous n'avez jamais eu. Que seriez-vous devenu sans lui?

«Je serais peut-être délinquant, comme d'anciens camarades d'orphelinat qui sont restés de simples voyous. Mais peut-être que je serais aussi un père de famille qui ne se sort pas de ses histoires d'orphelinat, alors que moi je m'en suis très bien sorti.»

Dalida est omniprésente dans le livre...

«Le premier courrier que j'ai reçu de ma vie, c'est la photo dédicacée de Dalida. Par ce petit mot, l'ado que je suis s'attache à elle. C'est la première fois que je reçois une lettre. Plus tard, elle a été ma marraine. Je l'ai même enterrée. À sa mort, j'étais à bord du fourgon mortuaire.»

Vous évoquez votre homosexualité dans le livre. Dans les années 60, vous deviez la cacher?

«J'ai été le premier chanteur à révéler mon homosexualité. C'était en 66, chez Jacques Chancel. Je peux vous dire que ça m'a porté préjudice, notamment auprès de producteurs de télévision. Mais le public m'a suivi. J'ai eu toutes les gentilles mères de famille du monde derrière moi!»

Aujourd'hui, on est plutôt dans l'excès inverse: c'est presque devenu à la mode de dire qu'on est gay!

«C'est épouvantable. Il faudrait un petit peu plus de pudeur et de dignité. Pour moi, la Gay Pride, c'est pitoyable. C'est un assassinat d'une communauté en direct. C'est comme si on mettait les gays dans des camps. On les parque. C'est trop caricatural.»

Qui aimez-vous dans la chanson française aujourd'hui?

«Comme tout le monde, je citerais Bénabar. Il fait de la chanson populaire, mais peut-être mieux écrit car il est allé à l'université.»

L'âme seule. Éd. Fayard.

© La Dernière Heure 2006