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L'été dernier, il a rejoint Nicolas Sarkozy. Depuis, et pas seulement par les autres rappeurs, Doc Gynéco est moqué, critiqué

DE NOTRE CORRESPONDANTen FRANCESERGE BRESSAN

PARIS Il n'arrête plus ! Enchaîne les consultations, fait la promo de son nouveau livre, Les grands esprits se rencontrent, de sa prochaine émission télé sur W9 (une filiale de M6, à partir du 23 mars), Flavor of Love... Doc Gynéco, né Bruno Beausir, 32 ans, est au bord de l'implosion : ça va (trop ?) vite pour lui, surnommé le rappeur mou. Surtout que, depuis l'été dernier, s'affichant supporter de Nicolas Sarkozy, candidat à l'élection présidentielle des 22 avril et 6 mai, il s'éloigne du monde de la musique et découvre celui de la politique. Depuis lors, il est moqué, raillé, critiqué. Pour La Dernière Heure, il s'explique dans une consultation exclusive.

Fin 2005, lors de la sortie de votre album Un Homme nature, vous évoquiez déjà votre intérêt pour Nicolas Sarkozy. Et tout le monde a cru que vous maniiez là l'humour au deuxième degré...

"Moi, j'ai toujours pensé que j'étais de gauche. Et je trouve intéressant de pouvoir discuter avec les politiques. Avec tous les politiques. Mais j'ai lu les dissidents soviétiques, Soljenitsyne, Zinoviev, et là j'ai compris que la gauche a trahi les intellectuels. Pourtant, ce sont bien eux qui vivaient près du peuple. La gauche les a abandonnés parce que, dans sa guerre pour le pouvoir, elle est prête à tout sacrifier..."

Rejoindre le camp de Nicolas Sarkozy était alors, pour vous, la seule attitude envisageable ?

"En ce moment, avec cette élection présidentielle, en France, c'est la guerre... Ils sont nombreux ceux qui sont prêts à trahir leur plume pour récolter une miette du gâteau..."

Tout ça, ce sont des mots, de la littérature ! Concrètement, selon vous, Sarkozy, qu'a-t-il de plus que les autres ?

"Une énergie invraisemblable. Il est speed. Il n'arrête pas, il faut le suivre... Et puis, je suis convaincu de son amour pour la France. Quand on est ensemble, il n'arrête pas de me parler de la France comme d'une France qui porterait 6 milliards de personnes. Parce que, pour lui, la France, c'est le monde !"

Vous avez conscience que, comme les autres artistes qui apportent leur soutien à un(e) candidat(e), vous allez être utilisé ?

"À un moment, Sarkozy m'a dit : Bruno, tu sais, pendant les campagnes électorales, il faut se créer des amitiés. Mais tous ces gars, toutes ces meufs qui font de la politique, ils sont très intelligents. Et moi, je m'amuse à les taquiner, tous ces gens qui sont prêts à tuer un artiste..."

Au regard de vos textes et chansons, on vous aurait plus attendu du côté de Ségolène Royal... ou même avec Olivier Besancenot, le candidat de Lutte ouvrière (extrême gauche) !

"Ah ! Ségolène... Vous savez, sa candidature, pour moi, c'est comme un film de gangsters. Il y a un marlou, il est à un mariage et la police vient l'arrêter. Il prend son calibre et se protège derrière une fille. Eh ! bien, pour moi, le PS, c'est le marlou et Ségolène, la fille..."

Peut-être mais, pour Nicolas Sarkozy, il paraît qu'il a cadenassé une bonne partie de la presse écrite, la télé et la radio...

"Laissez-moi rire ! Nicolas a peut-être cadenassé les médias, les mots et les images mais, franchement, avec le Kärcher et la racaille, il est nul pour le montage !"

Vous avez pensé un moment que votre engagement allait mettre à mal votre carrière artistique ?

"Je n'ai jamais rien calculé, que ce soit pour la carrière, l'argent, l'amour... Du show-business, aujourd'hui, il faut surtout connaître le business et moi, je n'y connais rien. Quand je fais un disque, je veux seulement que la maison de disques rentre dans ses frais. Pour Un Homme nature, on a vendu 50.000 exemplaires, ça m'a rapporté environ 20.000 euros - ça me suffit largement pour vivre ! Moi, je n'ai pas besoin de rouler en Ferrari..."

Le 6 mai prochain, où serez-vous ?

"À Paris et j'irai voter dans l'école de mes enfants. Je suis impatient parce que cette élection, en France, c'est comme la Coupe du Monde de foot : tout le monde en parle, les femmes, les enfants... Et en finale, mon France-Italie, ce sera Nicolas Sarkozy contre Ségolène Royal !"

Une finale avec un coup de tête, comme en juillet dernier en Allemagne ?

"Ah ! pourquoi pas... ça aurait de la gueule !"

Les grands esprits se rencontrent,Doc Gynéco, Éditions du Rocher.



© La Dernière Heure 2007