Livres/BD Pascal Vrebos revient en librairies avec un roman cruellement d’actualité.

En 1995, Pascal Vrebos, homme de plume avant d’être un homme de médias, publiait un roman mêlant autofiction et anticipation : L’homme-caramel. Le temps a passé mais le propos est resté à ce point d’actualité que le livre fait l’objet d’une nouvelle sortie, enrichie d’une préface (de Jacques De Decker) et d’une étude de l’œuvre (par Raluca Lupu-Onet, spécialiste de la littérature belge et traductrice des livres de Pascal Vrebos en roumain).

L’histoire imaginée par l’auteur résonne, il est vrai, étrangement avec les bouleversements de notre monde : le Belge Marc Morelle, prix Nobel de la paix 1998, connu pour ses textes, ses amitiés avec les grands de ce monde et ses amours flamboyantes, est aussi un personnage plus sombre, qui n’hésite pas à frayer avec des proches sans foi ni loi. Sa vie, il l’a racontée dans un texte, sur lequel tombent, cinq mille ans plus tard, des personnages vivants on ne sait très bien où. Consternés devant ce qu’ils découvrent, ils commentent l’étrange destin de Marc Morelle et, partant, notre société.

Vous vous souvenez de ce qui vous avait motivé à écrire ce livre, à l’époque ?

"Ce qui m’a motivé au départ, c’était une sorte d’évidence à laquelle la plupart des gens - heureusement - ne pensent pas : l’être humain a inventé les armes pour s’autodétruire. Dès lors, pourquoi, à un moment donné, ne le ferait-il pas ? Lorsque l’homme a inventé une arme nouvelle, il l’a toujours, à un moment donné, expérimentée. Aujourd’hui, il y a combien d’Hiroshima et de Nagasaki possibles ? Dans ce livre, il y a aussi un peu d’autofiction, ce qui ne se faisait pas tellement à l’époque. Il y a des personnages connus, célèbres, que je n’ai pas nécessairement connus moi-même, d’ailleurs - je n’ai jamais rencontré Gorbatchev, par exemple. Il y avait ce mélange des deux : la recherche chez l’humain du masque, de la posture sociale; et un monde qui risque d’aller à la dérive et à sa fin. D’où la question sur la sagesse : est-ce qu’à un moment donné, l’espèce humaine aura la sagesse de se donner tous les moyens de vivre et de survivre?"

Que pensera-t-on de nous, de moi, de nos actes, dans cent ans ou mille ans, c’est une question que vous vous posez souvent ?

"Les actes, c’est peut-être beaucoup dire ! Ils tombent dans l’oubli assez rapidement. Toute personne qui écrit espère, secrètement ou pas, qu’à un moment donné, ce qu’elle écrit, sera peut-être lu plus tard. On constate quand même qu’il y a des œuvres, écrites dans un passé très lointain, qui aujourd’hui encore nous éclairent. Lisez les philosophes grecs, les tragédies et les comédies grecques : ils nous parlent toujours aujourd’hui. C’est un petit miracle, finalement. Mais à l’époque romaine, ils n’avaient pas de quoi s’autodétruire et détruire la planète. Aujourd’hui, on est dans une autre histoire. On entre dans une période d’un, deux, trois siècles de survie."

Hier soir, Donald Trump a reçu les codes nucléaires. Vous parliez d’Hiroshima possibles… Qu’est-ce que ça vous inspire ?

"D’abord, je pense qu’on ne connaît Trump que par sa rhétorique particulière, sa manière de communiquer, par ses excentricités. Mais il y a des témoignages de gens qui le connaissent très bien - je pense à cette photographe liégeoise - qui ont une tout autre vision. Mais je pense aussi que ce n’est pas le président qui peut décider tout seul de pousser sur le bouton ! Imaginez, il devient fou, il appuie ! Il y a quand même des garde-fous et ce n’est pas ça qui m’inquiète. C’est le fait qu’on puisse le faire qui est inquiétant. Je ne crois pas du tout au président fou, que ce soit Poutine ou Trump, ou un autre. Par contre, une escalade - il n’y a pas que l’arme atomique, il y a aussi les armes chimiques, biologiques - est inquiétante. Une guerre peut se déclencher sur une étincelle que personne ne voit venir. La Première Guerre mondiale, qui aurait pu prévoir qu’elle commencerait de cette manière ?"

--> Pascal Vrebos, L’homme-caramel, Avant-propos


Très heureux au sein du groupe RTL

Éduquer les jeunes aux (nouveaux) médias : une priorité selon le journaliste.

À la question L’écriture est-elle pour vous une respiration au milieu de vos autres activités?, Pascal Vrebos répond sans attendre : "Ce n’est pas une respiration, c’est LA respiration". Ce sans quoi il ne pourrait pas vivre, même s’il se dit infiniment heureux d’être aussi présent en radio (L’invité de Pascal Vrebos, le dimanche entre 18h15 et 20h, sur Bel RTL) et en télé (L’invité du dimanche, sur RTL-TVI). "Après vingt ans, j’ai arrêté Controverse. Parce que j’estimais non pas que j’étais blasé, mais que vingt ans, c’était pas mal et qu’il fallait passer à autre chose. L’invité, je ne suis pas encore à vingt ans et, franchement, le dimanche, je pars toujours avec plaisir. Je pense que si, à un moment donné, quelque chose devient pesant, on doit arrêter. Parce que c’est un signe qu’on n’est plus à la hauteur ou qu’on n’a plus envie du tout", dit-il.

Rien de tel chez lui, qui pratique le métier d’intervieweur avec un plaisir à chaque émission renouvelé. "Je n’ai de comptes à régler avec personne", précise-t-il encore."Mon rôle, c’est de poser les questions que je crois nécessaires et que je m’imagine que les téléspectateurs veulent entendre. Mais on ne doit être dans aucun combat ou règlement de comptes. Je crois, d’ailleurs, que ce n’est pas du tout dans la culture de notre pays. Notre communauté a suffisamment de défis à relever dans les mois qui viennent… C’est vrai que depuis quelques années, l’actualité est extrêmement dense, avec des tas de problématiques de tous ordres."

Fidèle à la maison RTL depuis 1992, Pascal Vrebos (qui a débuté à la RTBF) se dit aujourd’hui très heureux car très libre dans ses émissions. "Le public qui regarde la télé le dimanche, c’est tout le monde", analyse-t-il. "Je suis frappé, quand je suis dans les transports en commun, que des jeunes me disent bonjour. Ça me fait d’ailleurs fort plaisir parce que je me dis Tiens, ils regardent L’invité du dimanche." Même s’il n’est pas dupe : un ado n’arrête pas ses activités dominicales pour regarder une émission politique. "Aujourd’hui, il y a plein d’autres supports, on est dans une mutation totale, importante. L’école va avoir un rôle de plus en plus important dans l’éducation aux médias."


Deux pièces à Paris, au Comedy Club

Quand il le peut, Pascal Vrebos aime assister aux représentations de ses pièces de théâtre, aujourd’hui jouées un peu partout dans le monde. C’est le cas en ce moment à Paris, où le Comedy Club propose Jamais trop star, adapté de La piaule. Et On fait l’amour comme on tue, adapté de Jess et Jessica. À la mise en scène : Oscar Sisto, qui fut, en son temps, prof d’art dramatique à la Star Academy. Et, sur scène, Ysa Ferrer (notamment), une actrice et chanteuse qui avait envie de se frotter au théâtre.

---> Infos et réservations : aos.cyclevrebos@gmail.com - 0033621653564