Livres/BD Les trois derniers romans de Jean Teulé vont devenir des films. Il en frémit déjà

BRUXELLES Jean Teulé a ceci de particulier qu'il aligne les horreurs dans un rire tellement communicatif qu'on en vient à relativiser la portée de ses propos. Tandis qu'il inspecte le menu et hésite entre les croquettes et les tomates aux crevettes, il dissèque les moeurs des héros de son dernier roman. En l'occurrence des prisonniers qui, sous des dehors bonasses, sont loin d'être des enfants de choeur.

"Le bonheur, c'est un enfer à écrire", disiez-vous lors de la promo de Bord cadre. C'est pour cette raison que, cette fois-ci, vous plantez le décor en prison?
"Ah oui, ça a été plus facile à écrire, sur le coup! Du malheur, il y en a, là-bas. C'est un bibliothécaire qui m'a contacté parce qu'il voulait que je vienne dans sa prison parler de mes romans. J'ai débarqué là le lendemain de la pendaison de Cyril Cambusat. La tension y était palpable. Le bibliothécaire m'a raconté qu'ils venaient de passer par deux mois d'enfer et l'idée d'écrire un roman qui se situerait là est venue petit à petit."

C'est étonnant comme les sujets viennent toujours à vous d'étrange manière...
"C'est vrai, faut que ça me vienne. Je n'arrive pas à aller vers une idée de livre. Je suis à l'aise quand il s'agit de capter. Comme une carpe qui verrait passer un goujon. Par contre, je suis embêté quand ça ne vient que de moi."

Sur la quatrième de couverture, vous écrivez vous aurez le sentiment que Jean Teulé a poussé un peu loin le bouchon. Effectivement...
"Et pourtant, ces histoires-là, ces destins-là existent. Tous ces personnages n'ont pas vécu en même temps, dans la même prison, bien sûr. Pour l'unité de mon roman, je les ai rassemblés. J'ai recontré certains de mes personnages. Popineau, le violeur d'enfants, Lemonnier, le monstre femelle . C'était très étrange, d'ailleurs. On m'a dit que j'allais rencontrer la fameuse Lemonnier . Et j'ai vu débarquer une petite bonne femme, toute menue, qui n'avait l'air de rien. Puis soudain, elle vous regarde dans les yeux et il y a comme un voile terrible. On ne sait pas pourquoi, mais d'un coup, on est refroidi."

Zonzon à Animal Factory, la prison a l'air d'être à la mode...
"Oui, c'est vrai. Je n'ai vu ni l'un ni l'autre de ces films. Mais vous savez, c'est parce qu'il se passe derrière ces portes des choses tout à fait hors normes. J'ai vu récemment un reportage sur la prison de Phoenix, aux Etats-Unis, où le directeur forçait ses détenus à porter des sous-vêtements roses pour les humilier!"

A aucun moment vous ne portez de jugement sur vos personnages.
"Non. Je tenais à n'être ni pour ni contre eux. D'ailleurs, c'est troublant, vous savez, de constater à quel point ces gens nous ressemblent. Ils ont la même tête que nous. Pareil. Bien sûr, il y a quelques caricatures de voyous, des brutes qui le portent sur leur gueule. Mais ce n'est pas la majorité."

Vous avez gardé des contacts avec ces gens?
"Non, aucun. Je sais que Corinne Lemonnier a eu un chagrin énorme quand son amoureux a été transféré dans une autre prison, à perpétuité. D'autres ont disparu tragiquement, aussi. C'était mon parti pris de m'intéresser aux gens extrêmes. Vous savez, on le deviendrait à moins Dans la prison de Vannes, les murs sont si hauts que le soleil ne descend dans la cour, dans le meilleur des cas, qu'un quart d'heure par jour. Les plus grands portent les plus petits sur leurs épaules pour qu'ils puissent en profiter. C'est terrible, non?"

A la lecture de vos romans, on n'imagine pas qu'ils puissent un jour devenir des films...
"Et pourtant, cela risque d'être le cas avec les trois derniers. Darling devrait être réalisé par Christine Carrière et Longues peines suscite beaucoup d'intérêt. Quant à Bord cadre, c'est moi qui vais m'y coller. Et j'ai un peu peur parce que ça ne va pas être facile"

Jean Teulé, Longues peines, Ed. Julliard.