La certitude, le début de la sottise

Interview > Isabelle Monnart Publié le - Mis à jour le

Livres/BD Jacques Weber s’enflamme pour Gustave Flaubert dans un livre inclassable et érudit.

Il y a une vingtaine d’années, et alors qu’il pensait, comme tout le monde, connaître Gustave Flaubert pour l’avoir étudié à l’école, Jacques Weber découvrait sa correspondance. Une rencontre décisive pour le comédien, qui reste sans voix devant la liberté, la truculence et l’intelligence de ces lettres que le père d’Emma Bovary multipliait comme le bon Dieu les petits pains. " C’est une œuvre d’autant plus forte, libre et sauvage que Flaubert ne pensait pas, et ne voulait pas, qu’elle soit éditée. Dans ces textes, il est épidermique, pulsionnel, il se contredit, il est de mauvaise foi, éructant, péteur, jouisseur, baiseur. Il écrit à tout le monde : ses maîtresses, sa grande amie George Sand, à Tourgueniev, à Dumas, aux Goncourt. C’est un florilège d’énormités, mais toujours intelligent, fulgurant. Parfois très exagéré, mais savoureux comme quelqu’un qui assume totalement ce qu’il est, ses désirs et ses colères."

Heureux homme, Jacques Weber a, ensuite, la chance de jouer ces textes sur scène, dans une pièce écrite par Arnaud Bedouet. À dater de ce jour, sa relation avec le grand écrivain n’a jamais cessé. "Une éditrice qui m’avait vu au théâtre, qui avait lu la préface qu’on m’avait demandée sur Madame Bovary est venue me dire qu’il faudrait que j’écrive sur Flaubert. Je ne m’en sentais pas la légitimité !, se défend-il en expliquant la genèse de l’ouvrage - Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu - qui vient de paraître chez Fayard.

Un objet hybride, un texte inclassable, qui n’est ni un roman, ni un essai… "Mais pourquoi toujours cette nécessité du classement ? L’œuvre qui perfore, c’est celle qui brutalise le classement dans lequel s’ordonnent les choses. C’est le désordre, la source d’espoir", s’enthousiasme-t-il et l’on croit voir, alors, battre le cœur de Gustave dans la poitrine de Jacques. "Je ne sais pas écrire, je le dis ! Structurer un bouquin, je ne sais pas faire et si je commençais à me poser la question, c’était foutu. J’ai eu la chance extraordinaire qu’une éditrice me fasse totalement confiance sur la structure et adhère à cette originalité. Si, en effet, ce truc est, pour certains, déstabilisant car difficilement classement; il est parfaitement et totalement honnête."

S’il a beaucoup puisé dans cette correspondance qu’il connaît aujourd’hui par cœur, le comédien s’est aussi fait metteur en scène de la vie de son personnage. "Mais ce sont des faits absolument tirés de sa correspondance, il n’y en a pas un que j’invente. Je réinvente, parce que, comme disait ma grand-mère, je n’ai pas tenu la chandelle ! Mais c’est ça, la littérature : recréer le réel, en déterrer sa poésie."

Modeste, Jacques Weber, qui a pourtant une fort jolie plume, s’obstine à dire qu’il est toujours en phase d’apprentissage de l’écriture. La bonne nouvelle, c’est qu’il compte persévérer. "Comme disait Prévert, "Le temps d’apprendre à vivre, il est déjà trop tard…", dit-il, un peu lyrique. "Sans faire le poseur, je pourrais presque vous dire que je continue à apprendre mon métier. Je ne dis pas que je ne sais pas : je sais un petit peu. Je commence à avoir les bases. Mais la certitude, c’est le début de la sottise. Par contre, je n’aspire qu’au progrès, à être provoqué. Et donc, oui, j’ai envie d’aller plus loin dans l’écriture, dans le roman, pourquoi pas, et même le grand roman si les années qui me restent me le permettent. Je me sens bien dans la littérature, comme je me sens bien sur scène."

La féminité de Gérard Depardieu

Dans ce livre, s’il dit son admiration à Flaubert, Jacques Weber confie aussi, entre les lignes, son amitié et son amour pour d’autres : Étienne Roda-Gil, Barbara… "Parce que quand vous vous mettez à aimer un auteur aussi fort, ça convoque forcément les gens que vous aimez, dit-il. Vous avez envie de dire ‘Allez, venez autour du feu, on est là, on est ensemble’. Roda-Gil, les gens ne le connaissent pas bien, mais c’était un homme merveilleux, aussi contradictoire que Flaubert ! Il avait les doigts jaunes comme des boutons d’or tellement il fumait, la mèche jaune, ça délirait génial. Mais à côté de ça, il écrivait des chansons incroyables…"

Et Depardieu ? "C’est pareil : quand il joue, tout s’arrête. On est dans la transcendance absolue, la grâce, la féminité, même. C’est un génie à l’état pur, Gérard. On n’a pas de relation vraiment amicale, mais il me l’a dit, il m’aime beaucoup. Mais je pense que je l’emmerde au bout de cinq minutes", commente l’acteur en riant. Pourquoi ? "Mais parce qu’il doit me trouver ennuyeux. Gérard, il a besoin que ça bouge. Il sent que je suis intimidé par lui. Les espèces d’ogres, comme lui, n’aiment pas qu’on soit intimidés. Enfin, je dis ça, je n’en sais rien… On a une belle relation, on a commencé en même temps. Son génie est ailleurs, il n’y a pas à discuter. Il y a des gens qui nous comparent, mais ça n’a pas de sens. Ça ne veut pas dire que je suis une merde, mais lui, c’est autre chose ! Il y aura un avant et un après Depardieu." L’un des rêves de Weber, d’ailleurs, serait de mettre Gégé en scène dans le rôle de Flaubert. "Il pourrait jouer ça, divinement, dit-il encore. Je pense qu’il amènerait un truc que lui seul a..."

Il a vaincu un cancer

C’est lui-même qui le dit : Flaubert était un sacré baiseur ! "Le rapport avec ce qui était licencieux était tout à fait différent à l’époque", sourit-il. "Ce qui ne veut pas dire que ça n’était pas condamnable. Il y avait un rapport avec les mœurs qui était très curieux : le bordel était quelque chose de tout à fait officiel, la maîtresse aussi, ou presque. On n’avait pas peur des maladies vénériennes. Flaubert disait : ‘La femme du monde a envahi la prostitution comme le journalisme la poésie.’ Chez Flaubert, il y a un rapport très sain avec le cul."

Avec une certaine crudité, Weber raconte comment Flaubert "vomissait son désir dans la correspondance". Avec la même absence de circonvolutions langagières, le comédien raconte, dans son livre, comment il s’est retrouvé à se battre contre un cancer des testicules. "J’ai été chanceux dans le manque de chance", dit-il. "C’est un cancer : il faut dire les mots comme ils sont. Mais un petit cancer de rien. Un lymphome bas grade. Le médecin m’a dit que soit on me traitait et, vu mon tempérament, il valait mieux, parce qu’il lui semblait que j’étais un inquiet. Soit je vivais avec et si jamais ça s’aggravait, on aviserait. Donc, on m’a fait de la radiothérapie." Totalement guéri, en rémission complète, tellement heureux d’être en vie, "c’est là que je me suis mis à picoler", poursuit-il. "Je suis devenu vraiment alcoolique mais sans m’en rendre compte. Un jour, mon médecin m’a demandé ce que je buvais par jour. C’étaient deux litres de vin le midi, cinq ou six doubles whiskies quand je jouais, et puis je lui sors cette phrase énorme : ‘Après, on se lâche.’ J’avais l’impression que je reprenais du sang, de la vie."




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