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Dans Hommes-Femmes Mode d’emploi, le livre de Paul Dewandre qui sort fort opportunément à quelques jours de la Saint-Valentin (chez Michel Lafon), vous n’apprendrez pas que des choses sur le sexe opposé. 

Prolongement de son spectacle Les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus, ce petit manuel du vivre (beaucoup mieux) ensemble, sous ses airs légers, en dit beaucoup sur les modes de fonctionnement des unes et des autres. Bien sûr, il y a des exemples, marrants, pour étayer la théorie des genres (“ Le masculin est un téléobjectif, le féminin un grand-angle”, ce qui explique pourquoi monsieur ne trouve pas le beurre dans le frigo si vous le changez d’étagère), mais il y a, aussi, de vraies clés qui ouvriront les portes de relations aux gonds un peu grippés. Interview.

C'est un livre auquel vous avez réfléchi longtemps, ne serait-ce que pour son découpage ?

Ce sont des choses que je partage depuis vingt ans, maintenant. D'abord en conférence, en séminaire et puis avec le spectacle. Ca a maturé longtemps. Pendant que je jouais, c'était compliqué d'écrire. Ce sont deux parties du cerveau différentes pour moi ! Je suis un mec : une chose à la fois ! Pour la trame, il fallait en même temps que ce soit léger, mais les préalables étaient indispensables. Sans qu'il y en ait trop pour ne pas embêter la compréhension... C'est dans cet ordre-là que je les présente habituellement sur scène et ça m'a semblé une bonne transposition.

Du coup, pourquoi le sexe vient-il en dernier?

Parce que je pense que l'on ne peut pas dissocier la relation sexuelle du reste du livre, dans le cadre d'un couple tel que je le décris. Et il me semble que c'est important d'avoir déjà intégré et compris tout ce qui vient avant pour parler de relations sexuelles. C'est aussi un petit clin d'oeil, un côté "feu d'artifice" dans la relation. Mais ce n'est pas en dernier parce que c'est le moins important !


On se retrouve à chaque page dans ce livre, notamment dans les exemples : le panier de linge déposé sur l'escalier et que l'homme ne voit jamais, la sortie d'autoroute ratée parce que madame parle à monsieur... Ce sont des exemples qui vous ont été rapportés ?

Oui ! Toutes les histoires sont vraies. Il y a beaucoup de livres qui parlent du couple dans lesquels la matière est traitée de manière théorique. Ils sont souvent très bien construits, intellectuellement, mais on sort de là en se demandant ce qu'on va bien pouvoir changer, comment on va pouvoir appliquer ça dans son couple au quotidien. C'est pour ça que j'aime les métaphores et les exemples, parce que c'est ça qui nous permet d'en parler ensuite.

Vous êtes un homme, avec un regard d'homme – même si vous avez beaucoup observé les femmes - : comment ne pas vous retrouver accusé d'essayer de mettre les femmes dans votre poche ou, à l'inverse, accusé de porter un "regard de mec" ?

Le fait d'avoir été élevé par ma mère, avec mes trois grandes soeurs m'a donné, peut-être, ce double regard-là. Ce qui m'a vraiment aidé, également, c'est de pouvoir avoir un vrai respect du fonctionnement féminin, sans plus de jugement de valeur. La société a énormément à gagner en respectant ses pôles masculin et féminin. Plutôt que de tourner ça en dérision, ou en jugeant que c'est bien ou mal. Le cadeau, c'est de trouver cette belle complémentarité entre les deux.

On a presque l'impression, parfois, que vous êtes mieux dans la peau d'une femme...

Le truc, c'est que quand j'explique les besoins féminins – notamment "la vague" -, je risque d'être pris pour un macho qui veut encore maintenir les femmes dans le côté émotionnel. Du coup, j'ai peut-être insisté très fort ! Moi, ce que je veux, c'est aider les hommes à comprendre l'importance de l'écoute, de la compréhension. C'est un tellement beau cadeau, pour une femme, d'avoir un homme qui l'écoute. C'est indispensable qu'un homme comprenne ce fonctionnement.

Vous décrivez effectivement assez longuement le phénomène de "la vague". Soit l'idée que la femme, en contact régulier avec ses émotions, est animée par des humeurs montantes et descendantes. C'est une théorie qui existe en psychologie, par exemple ?

C'est John Gray (l'auteur du livre Les hommes viennent de mars... que Paul Dewandre a adapté sur scène, NdlR) qui a décrit le phénomène pour la première fois. L'idée, c'est effectivement que dans la phase montante du cycle, tout va bien. La femme est naturellement attentive aux autres, elle donne sans arrière-pensée. Chemin faisant, les frustrations s'accumulent et, à un moment donné, elle atteint le seuil limite. La vague est alors à son sommet et est prête à déferler. Le changement d'humeur est aussi radical que soudain et, dans l'esprit de son conjoint, n'est justifié par aucune raison apparente.

En se retirant, cette vague laisse du "sable". Son accumulation, sa sédimentation, peut créer des différents irréconciliables ?

Oui, c'est ce que j'explique dans le livre. J'en ai parlé devant des millions de personnes, maintenant. Et 90 % des femmes sont d'accord avec ça... J'ai lu beaucoup sur le sujet et il me semble que je n'avais jamais rien lu de tel.

Vous consacrez des pages au conte de fée, en affirmant que ce n'est pas si cliché que ça. Vous pouvez nous expliquer ?

Je pense que si les contes de fée nous parlent depuis notre enfance, c'est probablement parce que ça correspond à ce sens inné du masculin et du féminin. Mais ce n'est pas mal en soi : ce sont les deux pôles d'un aimant. Au début d'une relation, c'est toujours comme ça que ça se passe : le prince charmant et la princesse. L'idée, c'est de rester dans ce cercle vertueux. Malheureusement, dans beaucoup de couples, au bout de quelque temps, le cercle vicieux s'enclenche, de manière toute bête : c'est parce qu'on fait l'erreur de donner ce qu'on aimerait recevoir...

Cette phrase est la clef de tout ?

C'est tout bête, mais oui, c'est la clef de tout. Quand on a compris ça, ça peut changer beaucoup de choses, et très vite, dans un couple.

Dans un autre chapitre, les évoquez les autres relations, les autres "réservoirs". Tout construire sur une relation de couple, c'est une erreur?

La relation de couple, c'est la cerise sur le gâteau. Pour moi, ces "réservoirs", c'est un petit tableau de bord qui est basique mais essentiel. Si on a des problèmes de couple, on va surinvestir dans la relation avec les enfants, on va demander l'amour d'un conjoint à un enfant... Et on va faire fausse route.

Que pensent les féministes d'un livre comme celui-là ?

Je le dis au début du livre : on vient avec notre histoire, là-dedans. Et si quelqu'un ne veut pas le voir, il ne le verra pas, quoi qu'il arrive. Et il trouvera que je renforce encore le cliché. Je n'ai pas envie de défendre un modèle de société, de proposer une grande vision. Ce que je veux faire, c'est dire aux gens que s'ils veulent mieux s'entendre, il y a des pistes. Mais je suis sûr qu'il y a des féministes qui vont trouver que c'est un ramassis de clichés et de stéréotypes.

Les femmes dont vous parlez sont celles de nos sociétés occidentales. Dans d'autres types de société, on en est très très loin !

La base de ce livre, c'est qu'on est égaux et différents. Et que égal ne veut pas dire semblable. Dans toutes les sociétés, on n'est pas encore égaux. Ce n'est pas pour ça que le besoin féminin n'est pas présent, c'est même assez universel. Mais elles n'ont pas le droit de le vivre. Mais c'est idiot, les hommes se tirent une balle dans le pied : je ne vois pas l'intérêt d'être avec quelqu'un qui nous domine, ou avec lequel on reste parce qu'on n'ose pas partir. La vraie beauté dans un couple, c'est quand on est tous les deux libres d'en faire partie. J'ai joué au Maroc, en Tunisie... J'ai senti des évolutions, notamment auprès des jeunes femmes.

Dans une autre vie, vous étiez à la tête d'une compagnie aérienne. Quel regard portez-vous sur ces années-là ?

C'était chouette, une belle expérience. C'était Air Excel, une petite compagnie qui volait de Liège vers Londres, Paris, Nice, Orly. La compagnie a fait faillite et je me suis dit, dans un premier temps, qu'avec mes diplômes, je retrouverai facilement quelque chose. Mais je me suis rendu compte que ce n'était pas si évident que ça. J'ai mis un peu de temps pour trouver mon chemin et cette rencontre avec John Gray a vraiment été fabuleuse. Maintenant, je me sens à ma place. Vous avez, il y a des thérapeutes qui utilisent le DVD du spectacle en disant "Regardez ça et on en parle entre nous après". Dans les préparations de mariage, aussi. Je sais qu'il y a aussi des couples qui organisent des dîners : ils sont dix, ils mettent le DVD et ils en parlent ensuite.