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Maxime Chattam est un as du thriller. Son dernier roman le démontre encore

BRUXELLES Comme si la guerre et ses horreurs ne suffisaient pas, un tueur en série assassine de jeunes soldats de manière particulièrement sauvage. Le lieutenant Frewin, son équipe de la police militaire et Ann, une infirmière, rassemblent les éléments pour établir le profil psychologique de cet abominable personnage qui sème chaos et terreur sur son passage et se lancent à sa poursuite...

Maxime Chattam mélange à nouveau thriller et criminologie pour Prédateurs. La recette fonctionne : on avale cette histoire d'une traite, on accuse tour à tour chacun des personnages et on est tenu en halène jusqu'aux toutes dernières pages. Rencontre avec le génie français du rebondissement.

Vous ne choisissez pas les histoires les plus faciles à raconter : les rebondissements sont multiples, le plan de base du roman doit être rigoureux ! Quelle est votre manière de travailler ?

"J'ai toujours plein de bouquins en tête à l'avance. Ça me permet de collecter de la documentation pendant que j'écris autre chose. Dès qu'un roman est rendu, je me consacre intégralement à la structure de celui qui va suivre. Je fais une ébauche de plan, avec les personnages, les objectifs : où est-ce que j'ai envie d'aller, qu'est-ce que j'ai envie de raconter, de quelle manière ? Et aussi : de quoi ai-je besoin, dois-je rencontrer de nouveaux experts, est-ce que je dois prévoir un déplacement : quand ce sont des endroits que je ne connais pas du tout, je pars en repérage..."

Systématiquement ?

"Parfois, j'invente. C'est rare. C'est ce que je préfère mais c'est ce qu'il y a de plus facile. Je préfère vraiment aller sur les lieux avant d'écrire le bouquin. Pour In tenebris, alors que je connais très bien New York, j'y suis quand même retourné quinze jours. Du matin au soir, j'étais dans les rues, avec mon dictaphone, mon cahier de notes, un appareil numérique... J'aime décrire la façade d'un bâtiment tel qu'il est réellement, avec les briques usées, les tuyaux apparents... Et ensuite, l'intérieur, parfois, je le réinvente. Mais j'essaie de tout refaire à l'identique de manière que le lecteur qui veut aller à l'endroit où ça s'est passé, retrouve les lieux tels quels avec parfois même le grillage soulevé par lequel un personnage est passé."

L'écriture ne se résume donc pas à un tête-à-tête avec votre PC ?

"Non. J'ai fait ça au tout début, pour mon premier livre, mais celui-là personne ne le lira : c'est trop personnel. La littérature nombriliste, se raconter, ça n'a pas d'intérêt. Là, je viens de terminer un livre, qui sortira fin d'année, qui sera un roman grand public. Ceux qui aiment l'imaginaire y trouveront leur compte parce qu'il y a plusieurs degrés de lecture dans le livre. Pour le coup, là, j'ai tout inventé."

Qu'est-ce qui vous a donné envie de changer de genre ?

"Le fait que j'aime tous les genres. Je me remets en question à chaque livre. Si la trilogie du Mal, c'est du thriller pur et dur, Le sang du temps est un roman policier, spirituel, historique, Le cinquième règne est un roman fantastique et là, je reviens avec un thriller pur et dur, très noir. Prédateurs est mon livre le moins grand public : c'est celui qui est le moins glamour, le plus brutal, le plus sanguinaire... Et puis le contexte de guerre, ce n'est pas le plus enivrant."

Pourquoi l'avoir choisi ?

"Parce que, dans Les Arcanes du Chaos, je dénonçais la mainmise de certains individus sur le monde, sur les libertés, sur la civilisation. La suite logique, après avoir dénoncé les manipulations, c'est de parler des manipulés. Une guerre, c'est un formidable accélérateur de névroses. Du coup, j'ai plein de personnages névrosés à puissance maximale qui font autant de suspects ! C'est génial parce que, moi, je m'amuse, le lecteur, lui, est parano et, en plus, ça me permet de montrer différentes choses sur la nature humaine... De rappeler que les prédateurs, ce sont les hommes : on n'est pas au sommet de la chaîne alimentaire pour rien. C'est donc un roman policier avec une petite réflexion sous-jacente..."

Maxime Chattam, Prédateurs (Albin Michel).



© La Dernière Heure 2007