Livres/BD Reine de la pop, maman de six enfants, femme battue et trop souvent mal aimée... Une biographie choc

BRUXELLES Les animateurs de talk- shows people en manque d'invités doivent embrasser Lio sur les deux joues. Elle qui a déjà son mot à dire sur tout vient d'offrir des tonnes de matière à débattre avec son autobiographie Pop Model, coécrite avec notre compatriote Gilles Verlant. Pensez donc... Elle y parle de ses six enfants, de ses amours, de ses amants, d'un ministre des Finances français prêt à effacer une ardoise de 3,7 millions de francs (àl'époque) en échange de câlins. Elle explique comment le père de ses jumelles l'a violée et battue (il s'appelle Z dans le bouquin). Elle révèle quelques scoops, notamment sa liaison de plusieurs mois avec le comédien Michel Blanc. «Contrairement à son personnage dans Les bronzés, quand il a ouverture, il conclut », écrit Lio. De la grande littérature... Elle qui est passée par toutes les étapes du show-business (succès hystérique, crise d'identité artistique, oubli, galas dans les Prisunic, retour en grâce,...) donne aussi des leçons à toutes vedettes en devenir qui se pressent à la Starac'.

Sur la forme, certains règlements de comptes sont discutables, voire revanchards. Mais bon, nous n'étions pas avec elle aux Etats-Unis quand Serge Gainsbourg a essayé de partouzer avec Lio et son compagnon d'alors, Alain Chamfort. Nous n'étions pas là quand il a souhaité lui apprendre la technique du Baiser japonais. Certains de ses ex en prennent aussi pour leur grade. Contrairement à ses déclarations parfois malheureuses dans les médias, Lio défend, par contre, avec plus de retenue son amie Marie Trintignant, ne traitant qu'à l'une ou l'autre reprise Bertrand Cantat d' «assassin».

Sur le fond, Lio peut se montrer touchante. Les passages les plus réussis et les plus intéressants de cet ouvrage sont ceux consacrés à son enfance. L'arrivée, avec sa mère, en Belgique dans la clandestinité pour fuir le régime de Salazar et un père trop jaloux. L'enfance «pillée» comme elle l'écrit, la découverte du rock, la rencontre salvatrice avec les frères Duvall et son premier tube avec Banana Split.

La suite sera moins heureuse. Emportée dans le tourbillon du succès, Lio s'égare. Elle rêve d'une vraie rencontre amoureuse et d'une reconnaissance artistique. Mais les échecs, les mensonges et (elle a plus de mal à l'avouer) les erreurs de jugement sont légion. Son calvaire avec Z fait beaucoup réfléchir et son courage à s'en sortir (avec l'aide de sa soeur Héléna) montre une force de caractère qui force le respect.

«Toutes mes chansons me ressemblent», écrit-elle. «Je suis la peste du Banana Split et des Brunes comptent pas pour des prunes. Je suis Sage comme une image... J'ai souvent pensé que j'étais La reine des pommes. Parfois je me suis trouvée Si belle et inutile... Mais Le seul coeur que je brise, au final, c'est toujours le mien. Comme le dit Prévert, que je chante désormais: Je suis comme ça...».

A 42 ans, Lio semble enfin connaître le bonheur à temps plein. Elle est prête à relever de nouveaux défis. Ce livre, précise-t-elle, l'a aussi aidée à prendre enfin le temps de regarder en arrière. «Même si je ne changerai plus. Personne ne m'a jamais domestiquée, je suis et resterai le petit animal sauvage, entier, désobéissant, entêté, abrupt, idéaliste que j'étais déjà enfant. Je suis comme je suis et j'en suis fière.»

Lio et Gilles Verlant, Pop model, éditions Flammarion.

© La Dernière Heure 2004