Livres/BD

Biographie d'un acteur essentiel de la période charnière qui fut la matrice du Grand Siècle français

BRUXELLES Après avoir écrit les remarquables biographies du cardinal de Retz et de six reines de France, Simone Bertière, professeur de littérature, s'est penchée sur la vie de Mazarin, Premier ministre de Louis XIII, de la reine Anne d'Autriche au moment de la Régence et, enfin, du jeune Louis XIV. Ce cardinal d'origine italienne qui succéda à Richelieu n'a pas bonne réputation dans l'Histoire. Comme l'écrit l'auteur dans l'épilogue de son livre : "Il avait réussi sa vie au-delà de toute espérance. Il rata sa survie. Lui qui montra un sens si aigu de la communication, qui sut si bien façonner l'image du jeune roi, n'a jamais réussi à se concilier les Français."

"Il est mal connu et mal aimé, dit-elle, parce qu'il a été détesté par les Français au moment de la Fronde. Il y eut alors des pamphlets qui l'ont traîné dans la boue. D'autre part, les mémorialistes qui ont raconté la France après coup sont ses vaincus et ont réglé leurs comptes. Au XIXe siècle, les historiens ont surtout lu ces mémorialistes. S'ajoutait aussi un élément national : comment un Italien pouvait-il égaler le grand Richelieu, notre héros ? Tout cela a joué contre Mazarin, présenté comme un personnage de transition entre Richelieu et Louis XIV. À la rigueur, on consentait à dire que son oeuvre politique avait été salutaire; mais on méprisait l'homme : comment un étranger mal né aurait-il pu gouverner la France alors qu'il y avait tant de bons Français pour le faire ?..."

A-t-il achevé l'oeuvre de Richelieu ou l'a-t-il modifiée ?

"Il l'a achevée mais différemment. Richelieu avait trois objectifs. Un : détruire l'appareil militaire des protestants, il y est parvenu. Deux : mettre un frein aux prétentions des Habsbourg à la monarchie universelle : il leur avait déclaré la guerre en 1635 et celle-ci n'était pas terminée à sa mort. Trois : réduire les grands féodaux à l'obéissance. Les deux derniers objectifs n'avaient pas été remplis et Mazarin s'en est chargé. Il obtiendra ainsi la victoire contre l'Espagne et il réduira les grands seigneurs français à l'obéissance. Certainement pas avec les méthodes de Richelieu et peut-être pas non plus avec les mêmes objectifs, du moins en ce qui concerne la politique étrangère. Richelieu n'est jamais arrivé à bout des révoltes nobiliaires parce qu'il envoyait les coupables à l'échafaud. Le résultat, c'est qu'il en faisait des martyrs et que cela suscitait des conspirations nouvelles. Mazarin ne cherche pas, par contre, à les détruire mais à les faire plier, à les déconsidérer, à les faire descendre de leur piédestal, à n'être plus des modèles pour la jeunesse aristocratique à laquelle il arrive plutôt à donner en exemple le jeune Louis XIV."

Pratique-t-il de même en politique étrangère ?

"En matière de politique extérieure, Richelieu voulait conquérir des places frontières pour assurer l'indépendance de la France et mettre Paris à l'abri des attaques possibles. Il rêvait déjà d'une sorte de pré carré français. Mazarin n'envisage pas tout à fait les choses de la même manière : ses conceptions politiques sont celles d'un Italien qui a vu le nord de son pays servir de champ de bataille aux ambitions extérieures pendant des siècles. Il rêve non pas de paix pour la France mais de paix pour l'Europe. C'est important parce que, à ce moment-là, l'Europe est déchirée par la guerre de Trente Ans, consécutive à la partition de l'Allemagne entre Réformés et Catholiques. L'empereur et le pape rêvent encore à reconquérir le terrain perdu. Mazarin pense, lui, que le terrain perdu est perdu et que ce n'est pas par la force qu'on convertira les Protestants. Il faut donc admettre leur existence et figer l'Europe dans une situation qui ne permette à personne de brimer les autres. Il pense en Européen. La France lui paraît être la seule puissance capable de faire pièce à l'Autriche et l'instrument indispensable pour assurer l'équilibre européen. La grande idée de Mazarin en politique extérieure comme intérieure est qu'il ne faut pas écraser les autres, qu'il faut gagner mais pardonner et repartir sur de nouvelles bases. C'est ainsi que le traité des Pyrénées est fait pour sauver la face de l'Espagne et se présente comme une réconciliation entre frères ennemis et non pas une victoire avec un vainqueur et un vaincu. Après la paix des Pyrénées, il arrive à faire signer la paix à tout le monde : les Suédois, les Danois, les Polonais, bref tous les pays qui s'agitent dans le Nord et l'Est. Lorsque Mazarin meurt, il n'y a plus de guerre en Europe."

Mazarin, le maître du jeu. Simone Bertière. Éditions de Fallois.



© La Dernière Heure 2007