Livres/BD Né avec une cardiopathie congénitale, son tout-petit a été opéré à cœur ouvert, à 4 mois.

Elle vivait un conte de fées : un amoureux dont elle était dingue, une carrière au top, une vie comme on en rêve. Aussi, quand elle est tombée enceinte, Natasha St-Pier n’est pas entrée dans le moule de la future mère épanouie et heureuse de voir son ventre s’arrondir. Mais heureuse de donner la vie, ça, oui. Jusqu’à cette échographie qui révèle que son enfant à venir souffre d’une cardiopathie congénitale et qu’il va devoir subir, tout petit, une opération à cœur ouvert. À dater de ce jour, le stress et les questions s’invitent dans la vie de la chanteuse.

Bixente naît le 13 novembre 2015 - le jour des attentats à Paris -, c’est le plus beau des petits blonds, mais le parcours du combattant de ses parents ne fait que commencer. Main dans la main avec l’élu de son cœur, elle va surmonter les épreuves, se laisser du temps et, son enfant tiré d’affaire, se laisser convaincre par les éditions Michel Lafon de raconter tout ça dans un livre, joliment intitulé Mon petit cœur de beurre. Un titre qui dit tout : le côté tendre, l’association du même nom pour laquelle elle milite aujourd’hui, le cœur… Interview.

Qu’est-ce qui vous a décidé à écrire ce livre ? Vous tourniez autour de l’idée ?

"Non, je n’avais pas du tout cette idée. C’est Margaux, qui est éditrice chez Michel Lafon, qui est venue me voir. Elle savait que je parlais ouvertement de la pathologie de mon fils sur les réseaux sociaux et elle pensait que ça pourrait faire un beau sujet de livre, parce que ça pourrait aider des gens. Au départ, je n’étais pas trop pour : beaucoup de gens font ça un peu comme une thérapie, écrire des livres. Mais je cherchais un moyen de remercier la vie et les gens qui ont été sur ma route tout au long de cette année-là, avec Bixente. Une des grandes évidences, quand on est parent d’un enfant qui a une maladie rare, c’est qu’on ne peut pas poser de questions à nos entourages. Comme on demande à nos mamans, nos sœurs, nos amies : tu aurais fait quoi, toi ? Quand tu as un enfant malade, tu as des questions et personne à qui les poser, parce que personne ne vit la même chose que toi. J’ai fait ce livre en me disant que, peut-être, une maman qui en est à son cinquième mois de grossesse et qui apprend que son enfant va naître avec une cardiopathie congénitale, le lira. Elle ne connaît pas le milieu hospitalier, elle se pose mille questions… Moi, j’ai une histoire qui, en plus, est porteuse d’espoir, parce que tout se finit bien. Bref, je me suis dit que, peut-être, je pouvais aider."

L’exercice a été difficile ?

"Je pensais que ça allait être, d’un point de vue littéraire, très compliqué. Mais qu’émotionnellement, comme c’était passé, ça allait être facile : ça a été le contraire. En traversant tout ça, je ne m’étais pas permis, réellement, de vivre toutes ces émotions. En les écrivant, je les ai ressenties vraiment."

Vous êtes très franche et très sincère : vous dites notamment que vous ne vouliez pas avoir d’enfant, à la base…

"Comme je faisais ce livre pour être dans la compassion avec d’autres familles, peut-être pour les aider, si je garde mon image de star, de chanteuse à paillettes à qui tout réussit, les gens ne pourront pas s’identifier. Parler des épreuves que j’ai pu vivre avant, ça montre que je suis humaine, qu’il m’est arrivé de tomber. Ça me permettait de dire qui je suis, aujourd’hui, derrière la caméra. Ça permettra aux parents de se dire qu’au final, je suis comme eux."

Vous racontez aussi que, pour vous, la grossesse n’a pas été une partie de plaisir, que vous n’aimiez pas ça…

"La société nous envoie une image tellement formidable de la maternité ! Avec ce truc super magique qui fait que, du jour au lendemain, on va savoir être une maman et on va trouver ça génial. Du coup, personne n’ose dire qu’on n’a pas envie d’être enceinte, qu’on a peur, que la baguette magique de la maternité a dû nous oublier. On ne le dit pas parce qu’on s’imagine qu’on n’est pas comme les autres. Mais je pense qu’on est un très grand nombre à ne pas oser le dire."

---> Natasha St-Pier, Mon petit cœur de beurre, Michel Lafon

© DR

Un tracteur, un autobus, une brouette

Installée dans les Landes, avec vue sur mer, au grand air, la famille de Natasha St-Pier a repris le cours d’une vie normale. "J’essaie de ne jamais partir de la maison plus de quatre dodos, dit-elle. Parce que mon fils est encore petit et qu’une maman, même si elle travaille, a priori, elle rentre le soir. Mais j’avais envie que mon fils ait un grand jardin, de l’espace."

C’est là qu’elle se trouve, d’ailleurs, quand nous nous parlons au téléphone. Sur la table du salon, traînent pêle-mêle, un tracteur, un autobus, cinq petites voitures; plus loin, il y a une brouette, des petites balles. "Mon salon est un capharnaüm, rigole-t-elle. C’est un de ces jours où je me dis qu’un enfant, c’est assez." Et puis, il y a les autres jours. Ceux où Bixente "est vraiment cool, où il n’a pas mal aux dents, où il range ses jouets, et là, je me dis que ce serait vraiment bien qu’il ait un frère ou une sœur. Mais quand je serai enceinte, une autre fois, je serai inquiète. La plupart des femmes s’inquiètent quand elles sont enceintes. Je le serai juste un peu plus que les autres."


"Je n’ai pas osé envoyer la bonne nouvelle"

À 17 h, le 13 novembre 2015, elle donnait la vie à son petit garçon. Quelques heures plus tard, des fous armés jusqu’aux dents faisaient un carnage sur les terrasses des cafés et dans le Bataclan. "C’est quand mon mari a pris le scooter pour rentrer à la maison prendre une douche et se changer, une fois que j’étais dans la chambre avec le bébé et que tout allait bien, qu’il a commencé à recevoir des messages de copains lui disant de ne pas aller par là, qu’il y avait eu des attentats. Lui, il était dans sa bulle, il venait d’être papa…"

Natasha, elle, a allumé la télé, consulté les réseaux sociaux et a compris le drame qui se nouait. "C’était le moment où j’avais envie d’envoyer des messages à toutes mes amies, pour leur dire que j’avais accouché, que Bixente ne devrait pas être opéré tout de suite… Seulement, j’ai tellement d’amis dans le milieu artistique, susceptibles d’être dans ces lieux-là, que je n’ai pas osé leur annoncer une bonne nouvelle. Du coup, je n’ai pas fait ce que beaucoup de gens font ! J’ai fait le livre pour bébé, pour Bixente. Dedans, il y a "Colle les gros titres du jour de ma naissance" : j’ai zappé cette page-là."