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L'écrivain Pierre Guyotat a reçu mardi le prix Médicis pour "Idiotie" (Grasset), formidable récit du passage à l'âge adulte d'un des écrivains français les plus subversifs.

Rachel Kushner a eu le Prix du roman étranger pour "Le Mars Club", traduit de l'anglais par Sylvie Schneiter (Stock), tandis que Stefano Massini a remporté le Prix essai pour "Les Frères Lehman" (Globe).

Pierre Guyotat avait déjà reçu lundi le prix spécial du jury du prix Femina pour l'ensemble de son oeuvre.

"Cette +Idiotie+ traite de mon entrée, jadis, dans l'âge adulte, entre ma dix-neuvième et ma vingt-deuxième année, de 1959 à 1962", résume l'auteur de "Tombeau pour cinq cent mille soldats", âgé aujourd'hui de 78 ans et qui vient de recevoir le prix de la langue française pour l'ensemble de son oeuvre.

OEuvre autobiographique, "Idiotie" est portée par un souffle qui ne faiblit jamais. Le récit commence à l'automne 1958. Le jeune Guyotat, âgé d'à peine 18 ans et donc encore mineur, a quitté Lyon pour Paris persuadé que c'est dans la capitale qu'il pourra accomplir son destin de poète. Son père, médecin, a lancé un détective privé à ses trousses.

Le vie est rude. Il dort sous le pont de l'Alma. Avec sa langue à la fois crue et ciselée, Guyotat nous régale de tableaux animés d'un Paris populaire qui n'est plus. Coursier, il épie un couple par un volet laissé entrouvert.

Toutes les obsessions de Guyotat sont là: "j'entends les bouches se baiser, les salives clapoter, les dents tinter, les mains prendre, serrer, caresser fouiller, fouailler, les poils se frotter..."

En 1961, alors que son premier texte ("Sur un cheval") vient d'être accepté par le Seuil il est appelé sous les drapeaux pour servir en Algérie.

Son esprit réfractaire ne fait pas bon ménage avec la discipline militaire. Tabassages, vexations des gradés, séjours au cachot... Pages hallucinantes et terribles. "Notre soumission, l'ignorance où l'on nous tient de tout ce qui est et vient, c'est un cauchemar dont, sortant de l'enchantement de la sottise, il faut se réveiller et rire..."

Ramené à la vie civile, Guyotat reste hanté par "tous les égorgés, tous les mutilés du nez, des lèvres, des oreilles, tous les énucléés, tous les démembrés, tous les désentraillés, tous les traqués abattus, tous les battus à mort, tous les déchiquetés, tous les enflammés, bébés jetés contre les murs, mères enceintes éventrées, toutes les violées, tous les torturés (...) victimes à retardement du crime originel de la conquête".

Il retourne à Paris, "vers la faim" mais "décidé à en découdre".

L'an dernier, le prix Médicis avait récompensé Yannick Haenel pour "Tiens ferme ta couronne" (Gallimard) dans la catégorie romans français et l'Italien Paolo Cognetti pour "Les huit montagnes"(Stock) dans la catégorie romans étrangers.

Le prix Médicis de l'essai avait été décerné à l'Américain Shulem Deen pour "Celui qui va vers elle ne revient pas" (Globe).