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Enquêtes policières au XVIIIe siècle

BRUXELLES Écrire des romans policiers est devenu chose banale, situer l'enquête dans le Paris de Louis XV puis de Louis XVI et la faire conduire par le commissaire du Châtelet Nicolas Le Floch est déjà plus original. C'est un exercice auquel se livre avec brio Jean-François Parot, diplomate et spécialiste du XVIIIe siècle. Le sang des farines, sixième volume de cette collection, conduit le lecteur en Autriche et en France sur les traces d'un complot supposé, au moment de la guerre des farines où le mécontentement du peuple français laisse déjà prévoir les événements de 1789.

L'intérêt de ce roman, s'il se rapporte à une énigme policière originale, réside surtout dans son style classique qui permet aisément la visite d'un passé à la fois proche et lointain. Il s'agit pour l'auteur, sans vaine tentative de reconstitution historique, de décrire le quotidien tel qu'il se déroulait dans le Paris de l'époque en donnant aux dialogues leur accent et leur vraisemblance. Ces dialogues, comme les descriptions, concourent et participent à l'approche du réel. Il en est de même pour les odeurs: remugles de la halle aux poissons en fin de marché, vapeurs méphitiques montant des cryptes des églises, vent mauvais qui souffle des équarrissages et des fonderies de suif, mais aussi parfums des fleurs et des arbres d'une cité encore assez rurale.

Pour entraîner encore plus profondément ses lecteurs dans le réalisme de la vie, Jean-François Parot illustre son récit de plusieurs recettes de mets du siècle, détaille sa mode et évoque les plaisirs du monde galant avec lequel, comme tout bon policier, Nicolas Le Floch entretient une certaine complicité. Quelques adresses et, surtout, de très vivants extraits des rapports des inspecteurs du lieutenant général de police jettent d'intéressantes lueurs sur ce monde et ces temps passés dont on ne connaît généralement que les grands faits historiques.

Le sang des farines. Jean-François Parot. JC Lattès.

© La Dernière Heure 2006