Livres/BD Après deux ans d'enquête, Dominique Paoli pense avoir résolu cette énigme

BRUXELLES Son père n'est pas, comme la rumeur l'a souvent dit, le roi Léopold II, ni l'empereur Maximilien du Mexique, ni David Cohen son tuteur. Sa mère n'est pas l'impératrice Charlotte, ni la femme d'un jardinier mexicain, ni Thérèse Denimal épouse de David Cohen. Alors, de qui descend Maxime Weygand, venu officiellement au monde à Bruxelles en 1867 de parents inconnus? Depuis longtemps, on s'est posé la question de ses origines et les historiens ont essayé en vain de lever le mystère romanesque qui entoure la naissance et la vie de l'un des chefs les plus prestigieux des armées françaises du XXe siècle. Beaucoup d'éléments concrets donnent à penser qu'il était protégé par la cour de Belgique, mais jamais on n'a trouvé trace d'une preuve. Un véritable scénario pour feuilleton télévisé.

Spécialiste en histoire dynastique européenne, Dominique Paoli a aussi mené son enquête. Après avoir consulté de nombreuses archives ainsi que tous les travaux relatifs à cette énigme, après avoir rencontré ceux qui l'avaient précédée dans ses recherches et après de nombreux recoupements, elle a la conviction d'avoir enfin résolu l'affaire Weygand. Celui-ci serait le fils du général baron Alfred van der Smissen, commandant la Légion des volontaires belges au Mexique de 1864 à 1867 et, plus tard, officier d'ordonnance et familier du roi. Une hypothèse que partageait Léopold III, qui n'apportait pas la preuve de la paternité mais livrait là le constat d'une ressemblance physique entre Weygand et van der Smissen. Les photographies qui illustrent l'ouvrage sont, à cet égard, très parlantes.

La rencontre de Veracruz

La mère de Maxime Weygand serait, d'après l'auteur, une grande dame d'origine hongroise, Mélanie Zuchy-Metternich, fille du célèbre chancelier autrichien Clément de Metternich et de sa troisième femme. Mélanie de Metternich, mariée au comte Zichy, appartient à l'élite sociale. Elle fréquente la cour impériale de Vienne où elle côtoie, entre autres, l'archiduchesse Marie-Henriette qui deviendra la deuxième reine des Belges. Mélanie sera, en 1864, la grande maîtresse de la Maison de l'impératrice Charlotte qu'elle suivra notamment au Mexique. Ce serait à Veracruz qu'elle aurait croisé le commandant des volontaires belges qui arrivait sur place avec quelques officiers et sept cents hommes à bord du paquebot Louisiane. Mélanie devait embarquer sur ce bateau pour rentrer en Europe; mais le départ fut retardé de quelques jours.

La belle saison vient de commencer, les officiers ont passé un mois en mer, sans présence féminine. Tous les ingrédients favorisant un coup de coeur sont réunis. Van der Smissen et Mélanie sont descendus tous deux à l'hôtel des Diligences. Celle-ci a-t-elle été sensible au charme de ce séduisant militaire dont on dit qu'il était fort distingué, qu'il savait se montrer un homme du monde raffiné et qu'il ne comptait plus ses conquêtes sentimentales? Dominique Paoli est convaincue que Maxime Weygand a été conçu à cette occasion. Cela explique aisément toute la suite...

Dominique Paoli, Maxime ou le secret Weygand. Editions Racine.

© La Dernière Heure 2003