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Onzième roman pour Nina Bouraoui, toujours libre et singulière

BRUXELLES Les belles histoire d'amour lui vont bien, pourrait-on dire après la dégustation des 112 pages de Appelez-moi par mon prénom, le nouveau roman - plus classique - de Nina Bouraoui. Trêve de présentation (l'auteur française d'origine algérienne est armée du prix du Livre Inter et du Renaudot, glané voilà trois ans), car si on a aimé Bouraoui une fois, ce sera à vie. À son style profond et sincère, parfois jusqu'à l'extrême, on s'est attaché. Qu'elle nous livre, brute et puissante, une souffrance (Avant les hommes, La vie heureuse,...) ou qu'elle dépeigne, à l'imparfait - le temps des romantiques - une histoire d'amour naissante (dans son dernier roman), son style incisif et vrai déstabilise. Et ses histoires de solitude et de rencontres, de fragilité et de confiance retrouvée touchent en plein coeur.

Appelez-moi par mon prénom, c'est la rencontre amoureuse entre une auteur et un de ses admirateurs. L'inspiration vous serait venue de la relation entre Marguerite Duras et Yann Andréa... "C'est un des éléments. J'ai rencontré Marguerite Duras quand j'avais environ 25 ans. J'ai rencontré le couple qu'elle formait avec Yann Andréa, je trouvais extrêmement touchant ce qui se dégageait d'eux. Il l'a aimée par ses livres avant, et il est devenu son compagnon pendant un long moment [...] Est-ce qu'on peut tomber amoureuse d'un auteur sans le rencontrer ? Il y a quelque chose de très sensuel entre un auteur et son lecteur."

Avez-vous vécu pareille situation ?

"(rires) J'entretiens un rapport passionnel avec mes lecteurs, mais ça reste très doux. Je reçois beaucoup de courriers, des cadeaux. C'est émouvant dans les deux sens. Mais le passage à l'acte, c'est différent. Il y a des rôles à tenir et des frontières à ne pas dépasser. Ça pourrait arriver mais de manière exceptionnelle, si ce sont deux êtres qui se rencontrent. Et pas l'auteur et son admirateur. L'auteur a beaucoup de pouvoir. C'est facile de séduire avec les mots et d'écrire de belles lettres d'amour..."

Votre personnage dit être arrivé à la fin d'un cycle. Vous avez aussi eu cette impression ?

"Oui, peut-être. Là j'ai eu 41 ans. Je ne le pensais pas à 40, mais finalement il se passe quelque chose. Je ne veux pas dire que raconter des histoires, comme je l'ai fait, sur deux garçons ou deux filles qui s'aiment, c'est l'adolescence. Pas du tout. Il n'y a pas de stigmate, c'est pareil, on souffre de la même façon. Ce personnage ici me ressemble quand même, il y a le côté désabusé je ne crois plus en l'amour, à la quarantaine malheureusement on est beaucoup à le ressentir. Mais la vie peut apporter de bonnes surprises. Je marche un peu main dans la main avec mes livres. Cette histoire n'est pas loin de mon histoire, mais ce n'est pas tout à fait comme ça."

Les relations entre femmes ou entre hommes étaient souvent au coeur de vos romans. Ici, vous décrivez une relation hétérosexuelle. Vous voulez éviter une certaine étiquette gay ?

"Écrire ce livre-là, c'est montrer ma liberté, je n'appartiens à personne. Je n'ai jamais voulu être un porte-drapeau. Je ne veux pas être prisonnière d'une image. Ce qui m'a déjà ennuyée, c'est quand on me rencontrait pour parler de mes livres, on me parlait avant tout de ma vie intime. Ce dont je n'ai jamais parlé. Je ne veux pas que ça masque mon travail d'écriture. Ni être considérée différemment des autres auteurs femmes."

Votre personnage dit que "l'écriture a tous les droits". Vraiment ?

"Je ne sais pas si on peut tout écrire... mais quand même. Je n'ai jamais procédé au règlement de comptes, je trouve ça très facile. Mais on a le droit de rapporter les choses, sans trahir, même si je vole beaucoup aux autres..."

Nina Bouraoui, Appelez-moi par mon prénom, Stock.



© La Dernière Heure 2008