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Henri Loevenbruck fait s'écraser une tour à La Défense. Bilan : un très bon roman

BRUXELES On nous avait juré que passées les 50 premières pages, pendant lesquelles il faut parfois s'accrocher, on ne pourrait plus lâcher le roman d'Henri Loevenbruck. Argument de vente comme un autre, avait-on pensé en se plongeant dans la lecture de ce thriller teinté de fantastique. Il ne nous en a pas fallu vingt, de pages, pour tomber dans le piège tendu par le jeune auteur qui affiche déjà neuf romans au compteur. Ce Syndrome Copernic , écrit trois ans après les attentats de New York mais qui n'arrive qu'aujourd'hui chez les libraires, prend pour point de départ la destruction de la plus haute tour du quartier de la Défense, à Paris. Pas un seul survivant, si ce n'est un certain Vigo Ravel qui se rendait ce jour-là, le 8 août, chez son psychiatre, au 44e étage de la tour. Diagnostiqué schizophrène, Vigo entend des voix. Ce jour fatal, l'une d'elles lui dit de fuir. Ce qu'il fait, juste avant l'effondrement. Déboussolé, il erre dans la ville et retourne sur les lieux du drame pour constater que son psy, l'une des rares personnes qui le connaît par coeur - puisque lui n'a que des souvenirs parcellaires de sa vie - n'est pas mort dans les attentats pour la bonne raison qu'il n'a jamais existé. Pas plus que le cabinet médical dans lequel Vigo est pourtant sûr d'avoir été soigné... Et si tout ça, donc, n'était qu'une énorme machination visant à... Mais visant à quoi ? C'est ce que l'auteur parvient à ne pas dévoiler pendant près de cinq cents pages que l'on dévore goulûment, tout en sachant pourtant très bien qu'il ne s'agit là que de fiction... "Vous seriez étonnée du nombre de choses vraies que je décris et que les lecteurs croient impossibles" , sourit l'auteur qui a mis pas mal de lui dans les digressions de Vigo. "D'ailleurs, j'habite juste en face de la Défense. S'il n'y avait pas cette tour, je pourrais voir la tour Eiffel... "

C'est via sa soeur, chercheur au CNRS, que l'idée du Syndrome Copernic naît dans l'esprit fertile d'Henri Loevenbruck.

"C'est elle qui m'a fait découvrir les stimulations magnétiques transcrâniennes. Quand j'ai vu ce que les chercheurs sont capables de faire avec le cerveau humain, les conséquences que peut avoir l'apposition d'un aimant sur le cerveau, bref, quand la réalité dépasse la fiction, moi, ça me donne envie d'écrire. Ensuite, j'ai cherché comment adapter cette avancée scientifique à une idée plus abstraite, sur laquelle je bosse de roman en roman, et qui est l'incommunicabilité. Je me suis dit Est-ce que ça résoudrait l'un des principaux maux de l'espèce humaine ? En plus, j'ai le sentiment qu'on est à un moment charnière, qu'on est au bout de quelque chose... L'espèce humaine a eu plusieurs stades, pendant l'évolution. Celui qui suivra, en quoi sera-t-il différent ? Et s'il pouvait, simplement, se passer du langage articulé ?"

Sur cette base, donc, il construit donc son livre tellement à part dans le paysage français. "Un jour, je me suis fait virer par un rédacteur en chef parce pour lui, ce n'était pas possible d'écrire de la science-fiction parce que l'imaginaire n'a pas sa place dans le roman. Je suis loin de penser la même chose ! À l'inverse, il y a des gros tarés qui n'aiment pas ce qui sort du divertissement. Moi, quand je lis, je cherche les deux et j'espère que le Syndrome Copernic offre ça. "

Victime d'un gros accident de moto pendant qu'il écrivait son livre, l'auteur a, à l'instar de ses personnages, été amené à toucher à la psychanalyse. "Je n'avais plus envie de rien , dit-il. Tout le monde m'ennuyait, c'était horrible. Je suis donc allé voir un psy qui m'a simplement dit un truc très basique : passez vraiment du temps avec vos enfants. Ça a marché. Très bien ! Mais c'est vrai que les psys, autrefois, je n'y croyais pas vraiment. Ces angoisses luxueuses et systématiques, ça me saoulait. Jusqu'à une certaine époque, je leur disais d'aller faire un tour en Afrique et qu'ils comprendraient que leurs petits problèmes avec leur mère n'étaient pas si graves que ça. Mais je suis moins intransigeant, aujourd'hui. Bref, tout ça pour dire que je n'ai jamais rencontré de psychiatre à titre privé mais que certains m'ont bien aidé pour ce livre. En m'expliquant, notamment, ce qu'est la schizophrénie, en m'en décrivant les symptômes. Vous savez quoi ? Je les avais presque tous..."

Henri Loevenbruck, Le syndrome Copernic, Flammarion



© La Dernière Heure 2007