Livres/BD Valérie Trierweiler a mis ses pas dans ceux d’Adèle, la Dame en or de Gustav Klimt.

Pull bleu marine, pantalon clair, Valérie Trierweiler a, dans les yeux, quelque chose d’un peu flou. Comme si elle posait sur le monde un regard un peu indécis. C’est pourtant avec beaucoup d’acuité que, dans Le secret d’Adèle , elle observe la vie de celle qui fut la muse de Gustav Klimt. Un livre qui s’est imposé à elle comme une évidence. " Ce premier roman est né d’un article que j’ai écrit pour Paris Match", dit-elle au bar d’un hôtel situé au cœur de la gare du Midi, où elle va sauter dans le prochain Thalys à destination de Paris. " Pour une série d’été, on m’avait demandé d’écrire un papier sur l’histoire du tableau. J’avais répondu que je voulais bien mais que je n’y connaissais rien… J’ai fait des recherches sur la toile elle-même, la spoliation du tableau qui a d’ailleurs fait l’objet d’un film. Mais ensuite, le personnage d’Adèle ne m’a pas quittée… "

Et même si elle s’en défend, on ne peut s’empêcher de voir un air de famille entre cette grande bourgeoise viennoise du début du XXe siècle et l’ex-compagne du chef de l’État français, François Hollande. Ce que l’on se gardera bien de lui dire et qu’elle apprécie grandement. "C’est l’expression mélancolique, triste, qu’Adèle a sur ce tableau qui est entré en moi", dit-elle encore.

Roman, donc, dans lequel elle a eu à combler les blancs d’une histoire d’amour supposée dont elle ne savait pas grand-chose. "À partir de là, tout est permis", sourit-elle. "Si on a envie que le soleil se lève à l’Ouest, on le fait lever de l’autre côté… Effectivement, il y a beaucoup de blancs dans la vie d’Adèle Bloch-Bauer, qui est totalement méconnue. Il faut reconnaître que c’est un genre de plus en plus répandu, aujourd’hui : les écrivains prennent un fait réel et en font un roman…"

Un livre qui lui a permis, dit-elle, de concilier tout ce qu’elle est : sa vie de journaliste, sa formation d’historienne qu’elle n’avait jamais utilisée et puis l’imagination. "Je me suis surprise moi-même. Dans notre métier, on la bride, notre imagination. On n’est pas là pour inventer des faits. Là, en la laissant aller, j’ai écrit des choses que je n’avais pas du tout imaginées au départ."

Dont des scènes d’une sensualité assez torride entre Adèle et le peintre. "Elle était très moderne", dit-elle. "Adèle était tournée vers l’avenir, elle est pour la République. Elle a voulu être incinérée, ce qui a provoqué un véritable scandale mais son mari a respecté sa volonté. Mais de sa relation avec Klimt, on ne sait rien. J’ai choisi l’option de l’histoire d’amour, mais on n’en est même pas sûr : les historiens de l’art sont divisés. Mais moi, j’avais envie qu’au moins, elle vive ça… C’était une manière de lui offrir un peu de bonheur."

Touchante dans son désir de maternité - elle n’aura jamais d’enfants - Adèle Bloch-Bauer a fait pleurer l’auteur à plusieurs reprises. Notamment lors de cette scène d’ouverture qui voit mourir son nouveau-né. "Au début, pourtant, j’avais commencé différemment, par une première séance de pose dans l’atelier. Mais je suis allée à Vienne et j’ai passé une journée au cimetière… Je ne suis pas du tout mystique, mais alors pas du tout. Au contraire, je suis très rationnelle, mais dans le carré des tombes d’enfants, devant le mausolée de la famille puis devant le mur du souvenir, c’est comme si sa souffrance était entrée en moi. J’ai toujours lu sur la perte des enfants, avant même d’écrire ce livre. Ça m’a toujours fait peur…"

Un autre trait de caractère d’Adèle, que l’on ne peut s’empêcher de ramener à l’auteur, c’est son absence de goût de revanche. "Il n’y a, chez elle, pas de rancœur, parce qu’elle a vécu trop de drames. Ou qu’elle a trop aimé. Elle sait faire la différence entre un drame et une épreuve. C’est pour ça que je cite cet extrait de Musset. Elle se dit qu’elle aura connu l’amour passionnel. Au moins, elle ne sera pas passée à côté de cet amour-là. C’est une journaliste qui m’a fait remarquer ça, il y a le carré parfait de l’amour : maternel, fraternel - enfin, avec sa sœur parce qu’il n’y a pas de mot féminin -, l’amour passionnel et l’amour conjugal. Mais je l’ai fait tout à fait inconsciemment."

---> Valérie Trierweiler, Le secret d’Adèle, Les arènes

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Quatorze enfants illégitimes

Peintre adulé à Vienne au début du XXe siècle, Gustav Klimt est un ogre qui occupe beaucoup d’espace dans le livre de Valérie Trierweiller. "Sur lui, on a une littérature très importante", dit-elle. "C’était un génie, mais avec les défauts des génies, qui sont souvent très durs avec leur entourage. C’était un homme très particulier pour l’époque : il n’était pas marié, il vivait chez sa mère, avec ses sœurs… Sur Klimt, je me suis éloignée le moins possible de la réalité. Quand je le fais parler, il y a de vraies phrases de lui. En même temps, c’était un homme très dur mais qui assumait ce qu’il était, c’est-à-dire sa vie d’homme à femmes et de débauché. Parce qu’il était considéré comme tel, à Vienne."

Un homme qui, comme d’autres, entretenait de nombreuses maîtresses, auxquelles il aurait fait de nombreux enfants. "Il aurait eu 14 enfants illégitimes, dont certains ont quand même été couchés sur son testament. À l’époque, il n’y avait pas de moyens de contraception, il avait beaucoup de maîtresses, et voilà…"