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Dans un livre d’entretiens, le chanteur-acteur-etc. se livre joliment

PARIS C’est dans un salon, au calme, que Patrick Bruel donne ses interviews. Seulement voilà : des salons, dans ce grand hôtel bruxellois, il y en a quelques-uns. Par chance, on croise une employée qui fait visiter les lieux à un groupe de dames. Et quand on lui demande si elle sait où on peut trouver Patrick Bruel, on assiste à une scène irrésistible : les cinq femmes en question se regardent, incrédules, prêtes à ouvrir séance tenante toutes les portes. Un petit moment surréaliste que l’on raconte à l’intéressé, hilare. “Elles ont dû vous prendre pour une folle, non ? ”, se marre-t-il.

D’excellente humeur malgré un petit contretemps matinal – il est resté coincé dans un ascenseur pendant vingt minutes avec ses enfants ! –, Bruel est heureux de parler de ce livre qui a, pourtant, bien failli ne jamais voir le jour. Explications.

“J’avais dit oui à Plon pour une biographie, mais la première tentative, qui était partie pour être classique, n’était pas concluante. Au point que je leur avais rendu leur à-valoir. Je n’en voyais pas l’utilité, la légitimité. Et puis j’ai croisé Claude Askolovitch, par hasard. Quelque chose s’est passé, en trois minutes… J’ai proposé à l’éditeur de reprendre cette biographie, mais sous forme d’entretiens. Je ne le connaissais pas du tout.”

Ça vous arrive souvent, de sentir les gens dès le premier contact ?

“Ça m’est arrivé avec ma femme. Au bout de quatre minutes, je lui ai dit qu’on aurait deux enfants…”

Vous le racontez dans le livre !

“Ah, on l’a gardé, ça ? Je n’ai pas relu le livre ! (rires) Oui, j’ai une approche très instinctive des choses et des gens…”

Le deal, entre vous, c’était d’aborder tous les sujets ?

“Oui, je lui ai dit que je voulais aller partout. Et on l’a fait. Je tenais simplement, après, à vérifier qu’il n’y ait rien que je ne cautionne pas. On a travaillé dans une grande liberté, mais avec cette sensation, permanente, de ne pas avoir parlé d’assez de choses.”

Encore maintenant ?

“Oui, bien sûr. Certainement. On ne peut pas raconter sa vie à travers une conversation. On peut traiter d’un sujet…”

Le sujet, c’est vous, en l’occurrence !

“Oui, mais en même temps, on raconte une vie… Et tout ne peut pas y être. Par exemple, je me rends compte qu’on n’a pas parlé des femmes. C’est normal, il venait de perdre la sienne.”

Pourquoi pensiez-vous que ce livre n’était pas légitime ? On dirait que vous vous demandez en permanence ce que vous avez fait pour mériter tout ça…

“Il y a un peu de ça, c’est vrai. Et, au contraire, quand je pense que j’ai mérité un truc et qu’on ne me le donne pas, ça me rend fou. Je suis un peu les deux. Franchement, je me suis dit : Qui ça va intéresser ? Les super-fans ? Mais ils savent tout, déjà, de moi… Ce qui me sidère, c’est qu’on est premier des ventes, en France ! Si on découvre ce que je suis, ce que je crois être, ça aura servi à ça : faire à nouveau connaissance. Comme la chanson de Diane Tell.”

On a tous une idée de vous, positive ou négative. Vous avez l’impression d’avoir rectifié certaines choses, avec ce livre ?

“Ce n’est pas pour ça que je l’ai fait. Je n’avais pas cette impression en le faisant, en le lisant, en le sortant… Mais j’ai cette impression maintenant que les gens réagissent.”

Vous évoquez, de manière assez amusante, vos déboires chez le psy. Ce livre a été une manière de thérapie, pour vous, au final ?

“Ouais. Ce que j’ai pu raconter chez le psy, c’était entre lui et moi. Là, il y a des milliers de gens qui le lisent. C’est pour ça que j’ai enlevé certaines choses : pour ne pas blesser.”

Patrick Bruel, Conversation avec Claude Askolovitch , Plon



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