Musique Un premier album pour l'interprète du tube J'voulais. Du très bon rap

BRUXELLES Jeudi 4 octobre. Un Thalys débarque Sully Sefil (son vrai nom) en terres bruxelloises. Il est 10 h du matin. Un taxi le dépose ensuite au SAS hôtel. Pas le temps de souffler. C'est dans une chambre de ce palace de la capitale que le rappeur va sans attendre se heurter à la presse francophone. `Bonjour, je m'appelle Sully´, nous lâche, un peu intimidé et se réfugiant derrière ses innombrables taches de rousseur, l'auteur et l'interprète de l'émouvant J'voulais, vendu en France à 400.000 exemplaires (48.000 chez nous). Le titre raconte l'histoire d'un jeune homme désemparé qui commet un hold-up pour offrir à sa fiancée `une vie plus fantastique´. La fin du récit est tragique: poursuivi par les forces de l'ordre, le prince charmant se tire une balle dans la tête. Vu le succès, V 2 Records, sa maison de disques, a commandé un album. Seize plages et onze morceaux. Onze bombes.
`Ce titre J'voulais , c'est, dans un sens, une histoire vraie. C'est ma vie à une époque où tout était gris. Je faisais de sales boulots: intérim, porter des cartons T'en as marre et tu veux que ça change. Mon dénouement, ça n'a pas été une balle dans la tête mais 400.000 personnes qui ont acheté mon single. J'ai bossé comme un acharné pour arriver à ce niveau.´
Sully découvre le hip-hop dans les années 80 (Public Enemy, Break Street). En 1990, il crée Koalition. Le groupe s'effrite quelque temps plus tard. Sully bosse alors dans l'ombre pour Joey Starr (NTM) et Lady Laistee, protégé du Bad Boy de Saint-Denis `Mais Joey Starr ne m'a pas lancé´, avertit Sully. Ensuite, mise sur pied du crew Royal Squad composé notamment d'OSFA. Le Martiniquais créera aussi sa propre ligne de fringues, Royal Wear, marque fétiche du r&b lover Matt Houston. Et puis, à 31 ans, il décide d'affronter le grand public.
`Ça peut paraître tard effectivement. Mais je suis content que ça se passe maintenant. Si le succès était arrivé plus tôt, cela n'aurait pas été une bonne chose. Quoi qu'on puisse dire, j'ai l'expérience suffisante à 31 ans pour pouvoir gérer le métier.´
L'album Sully Sefil nous dévoile deux facettes du personnage: le tendre et la grande gueule. Sur Luna, le rappeur évoque sa fille de 3 ans. Avec Avant qu'il ne soit trop tard, Sully et ses ex de Koalition nous brossent un portrait du monde actuel, loin des clichés habituels. Et puis, il y a le lascar qui parle de weed (l'herbe) et de ses soirées mouvementées dans Putain d'journée. Sur Hip-Hop de dingue produit par B.O.S.S., Joey Starr et Spank ainsi que sur Premier sur le rap, Sully crache son amour pour les sons qui ronronnent.
A la manière d'Eminem pour ses acolytes de D-12, Sully ne cache pas qu'il entend très bientôt faire découvrir au public ses comparses du Royal Squad. On est prévenu.