Musique De 1976 à 1990, Grégoire Colard a été l’agent artistique de France Gall et de Michel Berger. Il a accepté de partager les souvenirs qu’il garde de la chanteuse.

Quelle est l’image que vous conservez de France Gall ?

"Elle était très vivante, une bulle de dynamisme. Elle voulait des choses, et moi je devais défendre son image. Parfois, je lui disais qu’on ne pouvait pas faire ça et elle, elle insistait. On n’a jamais été fâché mais c’est un peu comme si l’on formait un couple, professionnel s’entend. Je me souviens des fous rires qu’on a eus. C’était quelqu’un de très drôle. Au quotidien, elle avait toujours envie de rire, de partager des idées farfelues, des réflexions. On s’entendait à merveille là-dessus, ce qui agaçait Michel Berger qui était plus sérieux. Il disait de nous "Je ne peux plus vous supporter. Arrêtez vos gamineries." À New York, France voulait faire tous les magasins de la 5e avenue, ce que Michel refusait. Alors, on les faisait ensemble."

Et sur le plan professionnel ?

"Ce qui m’a épaté, c’était son professionnalisme. Je ne l’ai jamais prise en défaut ! Elle savait ses textes, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Elle connaissait ses playbacks, les regards, les vêtements, ses coiffures. Elle était impeccable et toujours prête à l’heure. Je n’ai eu qu’un seul reproche à lui faire, c’était lors de l’enregistrement d’une émission des Carpentier. J’avais vu qu’elle avait chanté sa chanson les yeux fermés. Je lui ai dit et elle a refait la prise et par après, elle n’a plus jamais fait l’erreur. Et pourquoi avait-elle chanté les yeux fermés ? Parce que France, c’était une vraie musicienne, elle aimait s’écouter chanter. Elle a toujours chanté et fait de la musique avec ses frères jumeaux. Chez eux, ils se produisaient devant les amis."

Avait-elle conscience d’être une artiste très populaire ?

"Elle a compris tout de suite le poids de la célébrité, des commérages, des photos volées, etc. Dès sa première chanson, Ne sois pas si belle . Elle ne pouvait plus prendre le métro parce que les gens la regardaient, lui souriaient, la montraient du doigt ou la critiquaient. C’était une petite fille à l’époque et elle revenait chez elle en pleurant. Elle aurait voulu continuer à chanter tout en pouvant marcher dans la rue incognito. Elle a aussi compris ce que cela impliquait dans une relation de flirt… Elle allait encore au lycée et cela a changé d’un seul coup ses rapports avec les autres élèves et les professeurs."

C’est ce qui explique sa discrétion par la suite ?

"En effet, elle s’est beaucoup protégée. Quand je travaillais avec eux, j’avais ordre que les photographes ne puissent jamais les prendre en photo ensemble. Si j’étais avec les deux, comme au Festival de Cannes par exemple, je me mettais entre France et Michel, même si les photographes me demandaient de sortir du cadre."

Il se raconte que sur la fin, c’était fini avec Michel Berger. Est-ce vrai ?

"Il y avait des problèmes, c’était pratiquement fini. Mais ils avaient prévu une tournée mondiale d’un an ensemble. Et c’est elle qui était à côté de lui quand il est mort à Ramatuelle. Il y avait des tensions, comme dans tous les couples, mais aussi à cause de la maladie de leur fille. Michel la vivait très mal tandis que France était très proche de Pauline. Il y avait un drame permanent chez eux."