Musique

Rencontre exclusive avec Alanis Morissette, juste avant son concert bruxellois

BRUXELLES À 38 ans, Alanis Morissette respire la joie de vivre. Entre son côté pile et son côté face, la femme enragée de l’époque et la maman comblée d’aujourd’hui, elle semble avoir trouvé son bonheur. La preuve avec son nouvel album, Havoc And The Brights Lights, qui signe un retour audacieux mais tout à son image. Celle d’une femme, citoyenne américaine depuis 2005, qui jongle entre ses trois amours : la musique, être une bonne mère et une épouse accomplie.

Avec un nouveau hobby : jouer la comédie, comme dans la série Weeds . Elle rêve aussi d’écrire une comédie musicale pour Broadway. “Je suis une love addict, une obsédée de la dualité ”, confesse l’artiste. “Je pense être tombée des millions de fois amoureuse dans ma vie. Avec, à chaque fois, un bonheur et des souffrances différentes. L’amour est compliqué mais tellement puissant. C’est mon moteur. Car, pour moi, il n’y a pas d’amour sans se sentir amoureuse de quelqu’un ou quelque chose .”

L’amour semble avoir sans cesse dicté votre vie. D’où cette disparition des charts depuis quatre ans ?

“Exact. Je me suis mariée (en mai 2010 avec le rappeur Souleye, NdlR). J’ai mis au monde mon adorable Ever et j’ai aussi écrit un livre. Mais ces quatre années m’ont paru durer un mois ! J’ai commencé à écrire quand mon enfant est né. Mon fils a changé ma vie. Être enceinte, avoir un enfant, ça m’a tout de suite remis les pieds sur terre et m’a révélé mon côté très protecteur, ce côté ange gardien (d’où le nom de sa tournée). C’est un véritable accomplissement spirituel et physique pour moi. On pense même à en faire un deuxième !” (Sourire.)

On a l’impression qu’avec cet album, engagé, vous vous êtes enfin trouvée ?

“C’est vrai que cette période m’a fait ressortir énormément d’émotions. Pas forcément que des bonnes (rire). Mais je sais mieux comment prendre soin de moi aujourd’hui. Mes chansons représentent à chaque fois un chapitre de ma vie, ce qui me trotte dans la tête, les choses qui m’obsèdent. Le titre Woman Down, par exemple, parle de la misogynie ou de la guerre des genres. La société pense évoluer et les politiciens essayent de changer la donne, mais il suffit de voir les dessins animés pour nos enfants, ces clivages de genres existent toujours. Surtout aux USA. Rien n’avance. On vit dans un monde de communion, de passion, mais aussi de pitié, d’aberrations et de curiosité. Le but de cette chanson est donc d’inviter les femmes de ce monde à assumer cette féminité, de ne pas en avoir honte. Les hommes assument et nous imposent leur virilité, alors pourquoi pas nous ?”

Votre musique mélange pourtant autant de parties douces que de plus énergiques et rock’n’roll…

“Oui car c’est aussi très enrichissant pour une femme de montrer son côté masculin. Mais l’art en général comme la sagesse restent des pouvoirs très féminins.” (Sourire.)



© La Dernière Heure 2012