Musique

Lynda Lemay parle d'amour, sous toutes ses formes

Envoyée spéciale en France Isabelle Monnart

PARIS Elle est la première surprise, avec la vie chargée qu'elle mène, avec l'arrivée d'un bébé dans la famille, d'avoir eu le temps d'écrire tout un album. "J'ai surtout travaillé dans les avions, entre un aller et un retour, dans les salons Air France ", dit-elle. "C'est là que je trouve des moments de presque solitude, qui me permettent d'entrer dans ma bulle et de créer de nouvelles chansons. J'ai pu aborder des thèmes nouveaux, même si on revient, aussi, aux incontournables : la famille, les amours, les ruptures... " Deux ans (à peine) après son dernier CD, Lynda Lemay est donc de retour avec Allô, c'est moi . En pleine forme, pétillante et souriante. Rencontre.

Juste un petit bébé a donc été écrite... dans un avion ?

"Ce n'est pas mon histoire - puisque j'ai la chance d'être maman, contrairement à ce personnage - mais c'est tout de même un peu autobiographique. En voyage, j'ai souvent vu des gens râler parce qu'ils étaient à côté d'un bébé. Alors que moi, au contraire, j'ai de la compassion pour les mères livides et dépassées par les événements. Étant assez en forme ce jour-là, m'ennuyant de mon bébé, j'aurais bien dorloté le sien. Cela m'a fait imaginer l'histoire d'une femme très maternelle mais qui n'a jamais eu la chance d'avoir des enfants. "

Vous faites également, avec Bleu, une très belle déclaration d'amour à votre pays...

"Souvent, les choses m'habitent et je ne sais pas du tout quand elles vont exploser en émotions et sortir en chanson. Je ne force rien, je ne cherche pas à travailler sur un thème précis. Les mots me viennent et me surprennent. Cette chanson sur le Québec, c'est un truc que j'ai envie de dire tout le temps : je suis fière d'être québécoise. Les gens me demandent souvent si je n'ai pas envie de déménager, d'avoir un pied-à-terre à Paris. Mais je suis trop profondément québécoise. Si mon métier ne m'y avait pas amenée, je me demande si j'aurais voyagé... Je suis tellement bien chez moi. (Rires) La chanson s'appelle Bleu parce que j'ai toujours habité au bord du fleuve. Tous ceux qui y vivent voient la vie en bleu. "

Il y en a une autre à Gérard Davoust (producteur, NdlR), également. C'est plus facile de le dire en chanson ?

"Dans ce cas, c'est de l'amour-amitié ! En chanson, on peut se permettre des mots forts. Et puis, les écrits restent... Je n'ai jamais su quoi offrir en cadeau à cet homme-là, que j'aime tellement, qui est d'une telle classe, d'une telle générosité. Ce que j'ai voulu décrire, c'est ce qu'il y a de beau dans l'amitié, ce truc inconditionnel, qui pardonne tout ."

Vous parlez aussi de sujets plus graves, notamment de la pédophilie... Pourquoi ?

"C'est un sujet que j'ai voulu aborder souvent, dans ma vie. Je suis le genre de personnes à recevoir énormément de confidences. Peut-être parce que j'écris sur des sujets tabous, les gens se sentent à l'aise de venir me parler. Dans mon entourage, je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de gens qui avaient été abusés par des proches, des membres de leur famille. On dit aux enfants de ne pas parler aux inconnus alors que c'est le plus souvent ceux qu'ils connaissent qui en abusent. Moi, j'ai la chance d'avoir été à l'abri de ça. Ce qui m'intéressait, dans ce thème, c'est aussi le silence que l'on s'impose ou que l'on impose. On n'en parle pas parce qu'on a honte d'avoir été victime ! Chez d'autres, on préfère ne pas voir pour ne pas ébranler l'équilibre de la famille. C'est du cas par cas, on ne peut pas juger. Mais il faut que le silence explose pour pouvoir protéger d'éventuelles victimes. Je savais qu'il faudrait faire attention à chaque mot, dans cette chanson. À l'arrivée, je l'assume de A à Z. D'autant que, je l'espère, ça peut provoquer des conversations. "

Lynda Lemay, Allô, c'est moi (Warner).



© La Dernière Heure 2008