Musique Avec Spirit, son nouvel album, le groupe défie une nouvelle fois le temps qui passe.

Après quatre années d’attente, Depeche Mode sort aujourd’hui Spirit, son 14e album studio. Un disque fort qui s’annonce déjà comme un des albums de l’année et un nouveau classique pour le trio britannique.

Il est vrai que depuis la fin des années 2000, que ce soit avec Sounds of the Universe ou Delta Machine, on restait un peu sur notre faim. Bien sûr, les disques n’étaient pas mauvais, mais ils manquaient de cette petite étincelle qui fait les grands albums comme Violator ou Songs of Faith and Devotion. Ça sentait si pas la facilité, au moins le train-train quotidien.

Avec Spirit, Dave Gahan, Martin L. Gore et Andy Fletcher osent à nouveau tout en conservant les ingrédients qui ont fait leur succès ces 35 dernières années. De quoi renouveler leur fanbase tout en conservant l’ancienne garde.

Car le trio de Basildon a ceci de fascinant : il a traversé les modes sans se perdre, comme s’il était inoxydable. Malgré le temps qui passe, Depeche Mode est l’un des seuls groupes des années 80 - si pas le seul ! - à être resté fidèle à ce qu’il était à ses débuts. Pionnier de la pop synthétique à l’aube des eighties, le groupe a toujours soigneusement évité de se laisser embarquer dans les modes alors que la musique électronique en a connu à profusion depuis, tout en offrant à sa musique de nouveaux horizons. Avec l’arrivée des guitares par exemple, au début des années 90. "Ils ont toujours gardé leur identité, c’est leur force, explique Dan Lacksman, pionnier des synthétiseurs en Belgique, membre de Telex avec Marc Moulin et Michel Moers. Ils revenaient régulièrement dans l’actualité sans être présents tout le temps comme U2 et Bono, et toujours un très bon album et une tournée. Ils ont toujours gardé une identité sonore avec les mêmes sons minimalistes. Quand ils sont arrivés, ils étaient précurseurs parce que ce sont eux qui utilisaient des sons électroniques partout, même pour les percussions. Ils sont ensuite devenus à la mode parce d’autres les ont imités. Ce qui est mon cas avec Telex. Un peu plus tard, ils sont passés de mode parce que tout le monde a évolué vers d’autres sonorités. Mais eux ont gardé leur identité sonore et après quelques années, ils sont plus que jamais redevenus à la mode."

Et Dan Lacksman sait de quoi il parle, lui qui, avec Telex, a été sollicité par Depeche Mode en 2005 pour remixer leur titre A Pain That I’m in Used To. "Sur Spirit , il y a quelques années de travail, dit-il . C’est un chef-d’œuvre ! Cet album est tellement riche qu’il mérite d’être écouté et réécouté. Ils sont parvenus à faire la synthèse de tout ce qu’ils ont fait avant, notamment en utilisant intelligemment certains sons qui rappellent ce qu’ils ont fait dans le passé. Mais ce n’est jamais caricatural. Ils ont toujours la pêche et ils sont toujours à la mode !"

Même si avec le temps la musique dansante des débuts s’est faite plus sombre, Depeche Mode a réussi le tour de force de ne jamais être hors-jeu. Pourtant ce n’était pas gagné d’avance comme le rappelle Martin L. Gore : "Nous avons contribué à faire accepter la musique électronique. À nos débuts, c’était un combat permanent, les gens ne la prenaient pas au sérieux. Ils considéraient que c’était un phénomène éphémère, que ce n’était pas de la musique." L’histoire a jugé.


Spirit, un disque sombre qui propulse le groupe vers de nouveaux sommets

Avec Spirit, Depeche Mode envoie du lourd. Sur des rythmes puissants mais relativement lents, le groupe tisse des ambiances sombres et oppressantes qu’illumine cependant la somptueuse voix de Dave Gahan. Le chanteur propose une énorme performance vocale mise en valeur - tout comme la musique très électro - par James Ford (Florence&the Machine, Arctic Monkeys, etc.), le nouveau producteur choisi par le trio britannique.

Délaissant en partie leurs thèmes de prédilection (la souffrance, la misère, le sexe et la mort), Martin L. Gore, Dave Gahan et Andy Fletcher offrent un album d’une très grande cohérence à travers lequel ils portent un regard sur l’état du monde, à l’image du single Where’s the Revolution. "Je sais que pour certaines personnes, cela peut ressembler à des propos de rockstars nanties qui vivent dans leurs grandes villas de Santa Barbara sans se soucier du reste de la planète, et c’est vrai que nous avons de la chance, dit Martin L. Gore cité dans Rolling Stone. Mais cela ne veut pas dire qu’on se fiche de ce qu’il se passe dans le monde. Ça me touche vraiment." Dès les premières minutes, la messe est dite. "We’ve lost control/We’re going backwards" ("Nous avons perdu le contrôle/Nous avançons à reculons") chante Dave Gahan pour planter le décor.

Depeche Mode a retrouvé la grâce et ça s’entend sur des perles comme The Worst Crime, Eternal ou Cover Me, un des quatre titres signés ou co-signés par le chanteur. C’est comme un grand vin, avec l’âge le groupe s’est bonnifié. Sa musique a gagné en rondeur et en richesse. Un grand disque !

En concert au Sportpaleis d’Anvers le 9 mai.