Musique Le danseur et chorégraphe ne s’était pas imaginé un instant dans une comédie musicale. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis…

Un non catégorique : c’est ce qu’avait opposé Brahim Zaibat quand, au moment de la mise en place du spectacle Le Roi soleil, la production avait pensé à lui. "Je n’étais pas du tout dans le délire des comédies musicales, je n’aimais pas ça. J’étais très battle , très underground. Pour moi, c’était un truc de gonzesses…" Franc, direct, le danseur qui a fait ses classes dans le break dance avant d’exceller dans sa discipline - champion du monde en 2003 au Battle of the Year, danseur sur la tournée 2005 de la Star Academy et vainqueur du Freestyle Session à Séoul - ne craint pas de se brouiller avec la gent féminine. Il n’a, du reste, aucun souci à se faire : chacune de ses apparitions dans Les trois mousquetaires, où il endosse le costume d’Athos, provoque des remous dans la salle. "J’étais très critique quand j’étais jeune", tempère-t-il. "En fin de compte, c’est venu tout seul : j’ai fait des shows, des concerts et la comédie musicale est venue naturellement."

Mais pas facilement. Autant la danse, l’ex de Madonna (qui botte en touche quand on tente d’aborder le sujet) l’a dans la peau, autant le jeu d’acteur a été un véritable défi. "Je me sens beaucoup plus à l’aise après deux mois sur scène. L’ acting , c’était un peu difficile, au départ. Je n’avais jamais eu de micro, parlé devant un public. Là, ça commence à aller mieux, les gens me disent que j’ai l’air à l’aise…" Heureusement pour lui, Athos n’est pas bavard et les longues tirades, c’est D’Artagnan qui s’y colle. En revanche, Brahim a suivi, dès ses balbutiements, le projet et les chorégraphies. "Il fallait des idées pour la musique, pour des chorégraphies. J’ai ramené des amis danseurs, chorégraphes, musiciens. J’ai participé aux castings de danseurs", s’enorgueillit-il. Pour la petite histoire, il avait déjà posé son œil expert Robin des Bois et s’en était trouvé très frustré quand le spectacle avait commencé "parce que je les voyais tous s’éclater sur scène", ajoute-t-il. "J’ai dit au producteur que si on était amenés à retravailler ensemble, je voulais être sur scène. En fin de compte, j’y suis… mais pas beaucoup. Cela dit, je kiffe bien parce que c’est tout nouveau pour moi : je dois parler, je dois chanter, faire beaucoup de choses que je ne faisais pas avant. Mais je suis un peu déçu de ne pas danser dans tous les tableaux, comme je faisais avant, c’est vrai. Enfin, je peux commencer à me reposer, je commence à être vieux", souligne-t-il en riant.


Bon élève - quoiqu’un peu dissipé, si l’on en juge par ses blagues et son attitude le jour des interviews -, Brahim Zaibat, quand il ne s’agissait pas de chorégraphie, a scrupuleusement suivi les conseils des metteurs en scène, Dominic Champagne et René Richard Cyr, pour se glisser dans la peau du cadet de Gascogne. "Les producteurs avaient fait un énorme travail là-dessus et ils n’ont donc pas vraiment eu besoin de nous donner des directives. Moi, je suis Athos et je n’aurais pas pu être Portos ou d’Artagnan. Le casting a été fait au millimètre près", précise-t-il encore.

Très heureux de cette aventure au long cours - "une comédie musicale, c’est trois ans de ta vie… Même si on veut faire d’autres choses à côté, malheureusement, c’est difficile. Mais c’est possible. On charbonne, on ne dort pas" - le danseur et désormais comédien ne se voit pas pour autant sauter d’une scène et d’un personnage à l’autre. "Pour que j’enchaîne avec autre chose, il faudrait que l’histoire me plaise. Après Les trois mousquetaires, il faudrait une histoire assez forte. Je ne sais pas ce qui pourrait me séduire. Je ne me vois pas faire Jésus, par exemple", dit-il dans un éclat de rire.

Dire aux mômes que tout est possible

Pour autant, il ne se voit pas non plus retourner à sa vie de battles. "Les compétitions, c’est trop se casser le corps pour pas grand-chose. On s’entraîne un an pour gagner 500 euros. Pour le plaisir, pourquoi pas, mais dans le travail, non merci." Et tant pis si les carrières sont courtes : Brahim fonctionne au plaisir. "Les danseurs, ce n’est pas comme les joueurs de foot où c’est court, mais où ils finissent bien. Nous, c’est court et on n’est pas sûr de bien finir. Mais c’est pour ça que les danseurs font beaucoup de choses à côté."

Comme Danse avec les stars, émission dans laquelle, en 2013, il s’est hissé en finale, face à Alizée. Ou, de manière plus anecdotique, Le grand défi Toon, sur la chaîne pour enfants Télétoon + "J’avais présenté l’émission et j’ai bien kiffé. J’étais de retour dans ma ville, je pouvais un peu montrer tout ce que j’avais fait, présenter la relève de mon groupe", dit-il. "Pour moi, c’était important de montrer aux mômes que quand on veut quelque chose, il faut travailler pour y arriver, mais qu’il y a moyen. J’ai ouvert une salle de sport et de danse à Paris, pour ça. Pour leur montrer que tout est possible dans la vie. Après, je leur dirai quand même de ne pas trop danser, parce que c’est un peu difficile comme métier !" D’ailleurs, s’il avait un fils demain, Brahim jure qu’il lui conseillerait de ne pas danser. "Je lui dirai d’aller à l’école, de travailler, de faire les choses bien." Et de lire Les trois mousquetaires ? "J’ai lu le bouquin quand j’étais petit…", frime-t-il. "Non, je rigole. Mais je voyais bien l’histoire !"


Damien Sargue : "On n’est pas un boys band non plus !"

Un pour tous et tous pour un ! "On peut s’attendre à un spectacle qui va en mettre plein la vue", nous confiait le trio Olivier Dion (D’Artagnan), Damien Sargue (Aramis) et David Ban (Porthos) lors des répétitions il y a un an. "On espère toucher les gens car c’est ce qu’on attend d’une comédie musicale. Que ce soit en effets spéciaux, chorégraphies, effets visuels ou en danse !"

Et pour cause, tous, ou presque, sont passés par l’émission Danse avec les stars. "On n’en retire que du positif, cela donne envie de se dépasser", confirme Olivier Dion qui interprète notamment le titre De mes propres ailes. "Je n’avais jamais dansé et le faire devant des professionnels et des millions de téléspectateurs qui te jugent, ça te forge."Entre les titres comme Je t’aime c’est tout; Un jour et des compositions de Maître Gims et Benoît Poher de Kyo, la troupe menée par Olivier Dion et le danseur Brahim Zaibat (Athos) ne parle pas d’une simple comédie musicale. "C’est pourquoi on l’appelle plutôt un spectacle musical. Il n’y a pas de tableaux qui s’enchaînent bêtement, il y a une vraie trame. Et d’un point de vue technique, c’est énorme."

Des bobos à gogo

"On a pris des cours d’escrime, j’ai failli éborgner mon maître d’armes", confie Damien Sargue. "On a de vraies armes, même si les bouts sont émoussés. Ce ne sont pas des objets en plastique, il y a moyen de se faire mal. On a mis en place de vraies chorégraphies de combats ciselés. C’est plus Game of thrones que la fée clochette !"(sourires)

"Heureusement qu’on ne se bat pas vraiment car je ne voudrais pas affronter Damien", renchérit Olivier en parlant du coup de tranchant qu’il avait mis à Brahim Zaibat en répétition (la lame s’était enfoncée de 7 cm dans sa cuisse !). "Non, mais le plus difficile, et aussi le plus intéressant, est d’être bon à tous les niveaux : arts, escrime, danse et chant. Faut être crédible dans chacun. Ce fut un gros challenge pour moi d’incarner le mythique D’Artagnan car je suis fortement attendu, j’en suis conscient. Surtout le confier à un Québécois comme moi ! Mais j’ai toujours aimé ce genre de contexte où il faut se dépasser. C’est un rêve depuis tout jeune. Je ne me mets pas trop de pression…" "Et puis de toute façon, s’il n’est pas bon, on prendra sa doublure !" plaisante Damien Sargue dont l’image de beau gosse colle à la peau tout comme à ses camarades. "C’est plutôt plaisant plutôt qu’une image de Quasimodo. (rires) On correspond chaque fois à un critère en fait. Olivier pour les jeunes, moi les moins jeunes et David - que tout le monde prend pour le Vin Diesel français - les vieux. Enfin, on n’est pas un boys band non plus !" (sourires)

---> Le 6 mai à 15h et 20h30. Infos: 0900/84.900, sherpa.be, Fnac 0900/00.600 et www.next-step.be