Brel et la fureur de vivre

Charles Van Dievort Publié le - Mis à jour le

Musique Jean Liardon, l’ami des dernières années, quarante ans après la disparition du chanteur, confie ses souvenirs dans un livre poignant, Voir un ami voler.

Désormais installé à Dubai, le Suisse Jean Liardon a été un témoin privilégié de la vie de Jacques Brel après ses tours de chant. Pilote et instructeur, c’est lui qui a appris au chanteur le vol aux instruments et lui a fait passer son brevet de pilote professionnel, avant de remplacer l’ami Jojo trop vite disparu - celui de la chanson sur l’album Les Marquises - dans le cœur de l’artiste. Il lui aura fallu près de quarante ans avant de livrer ses souvenirs dans un livre écrit avec le journaliste suisse Arnaud Bédat.

À la tête d’une des premières écoles d’aviation privées formant des pilotes de lignes - dans les années 60-70, c’était l’apanage des compagnies nationales comme Air France, Suisse Air, etc. -, il accueille Jacques Brel à l’École Les Ailes peu après les représentations de L’homme de la Mancha. "C’était un élève comme un autre, raconte-t-il. "On savait qui il était mais il s’est complètement immergé dans la profession en s’intégrant dans la classe et en se passionnant pour l’aviation. Ce n’était pas Monsieur Brel qui fait de l’aviation, ce n’était pas la vedette. Quand il fallait faire le tour de l’avion pour tout vérifier, il le faisait. C’était devenu un membre du système aéronautique. Pendant les trois à quatre mois que nous avons passés ensemble à Genève, il a eu une vie tout à fait normale."

Rien ne laissait présager que cette rencontre allait se muer en amitié indéfectible. "Au début, j’étais probablement la seule personne à le vouvoyer pendant sa formation. Les autres le tutoyaient parce que par habitude il tutoyait les gens. Quand il a eu son brevet, il a commencé à voler pour son plaisir et il m’a demandé de l’accompagner. En étant plus souvent ensemble, il m’a un jour demandé d’arrêter de le vouvoyer. À partir de ce moment-là, on a partagé de plus en plus de choses. Il me disait : Tu es un père pour moi . Nos relations sont ensuite devenues très familiales, il connaissait mes parents et mes beaux-parents, ainsi que mes enfants puisqu’il était le parrain de ma fille. Il aimait la Suisse, notre ponctualité, le fait qu’il pouvait compter sur nous. Tous ces petits détails ont conduit à une grande amitié."

Ce n’était pas un pleurnichard

Le Brel que Jean Liardon a connu n’est pas celui que nous connaissons tous, à savoir le chanteur à l’inimitable gestuelle sur scène, l’artiste qui, angoissé avant de monter sur scène, vomissait… " Une situation de confiance s’est établie entre nous. Jacques a essayé de m’amener sur un chemin de pensée qui n’était pas forcément le mien à l’époque. J’étais très impliqué dans mon école de pilotage mais je n’étais pas toujours à l’écoute des gens. Jacques avait une grande influence. Vous ne pouviez pas passer dix ans avec lui sans qu’il ne déteigne sur vous."

Le pilote suisse est formel, il y avait chez Jacques Brel une vraie joie de vivre. "Il n’y avait que ça", lâche-t-il. "Jacques a tout fait pour réussir dans le domaine artistique mais quitter tout ça a été un soulagement complet parce qu’il a enfin pu faire ce qu’il voulait. Dans les dernières années de sa vie, il s’est laissé vivre. Ce qui est triste, c’est que ce cancer est venu interrompre cet envol qu’il prenait. Il n’allait plus faire de tours de chant mais il était plein de projets, dont une comédie musicale. Il voulait faire tout cela à son rythme, ne plus être tenu par un calendrier d’artiste. C’était un homme libre et joyeux." Et toujours prêt à faire les 400 coups avec son comparse ! "Quand je lui proposais de faire une tournée dans les vignes du canton de Vaux (Suisse, ndlr) , il ne disait pas non !" Jean Liardon se souvient aussi de ce souper dans son appartement de Nyon lors duquel une idée folle a germé dans l’esprit du chanteur. "Jacques a tout à coup dit : Jean, nous pourrions faire quelque chose ensemble. J’aimerais aller en Guadeloupe. On prend le Lear Jet (avion d’affaire, NdlR) et Jojo viendra avec son épouse. On fait ça dans 15 jours… Tout va très vite avec lui. Il a passé les coups de fil et il a fallu s’organiser très rapidement pour effectuer ce vol. Ce n’était pas quelqu’un de tourmenté même s’il avait une philosophie de la vie bien définie. Ce n’était pas quelqu’un qui pleurnichait ou n’était pas content, que du contraire."

Le grand secret

Ensemble, Jacques Brel et Jean Liardon ont sillonné l’Europe, jusqu’au Groenland. Même s’il ne s’est jamais rendu aux Marquises, le pilote suisse a aussi été le témoin de la fuite du chanteur pour les Marquises, à l’autre bout du monde. Et en tant qu’ami, il était dans la confidence lors des coups durs. Le cancer, par exemple. "J’ai été le premier à le savoir. Jacques était très malade, on voyait que c’était grave sans savoir ce que c’était. J’ai appelé le docteur France pour qu’il puisse analyser la situation dans laquelle se trouvait Jacques. Les résultats du laboratoire sont arrivés deux jours plus tard et Jacques m’a appelé pour que je vienne le chercher à l’hôtel. En entrant dans la voiture, la première chose qu’il m’a confiée c’est que c’était un cancer. J’étais sous le choc mais il m’a dit qu’on en parlait à personne…"

Témoin privilégié, Jean Liardon l’a aussi été lors de l’enregistrement du dernier album, Les Marquises. "Ayant beaucoup de travail, je n’ai été au studio que pendant deux jours. J’ai assisté à l’enregistrement de Jaurès, le premier morceau du disque. Jacques n’a interprété la chanson qu’une seule fois. Quand il a terminé, il est venu vers moi et, la première question qu’il m’a posé était : Est-ce que tu as tout compris, est-ce qu’on comprend les paroles, est-ce que c’est bon ? Je lui ai répondu que je n’étais pas un professionnel de la chanson mais qu’il me semblait que c’était parfait. On a réécouté la chanson, la première prise était la bonne. Cette invitation ce n’était pas pour se faire valoir ou me bluffer. C’était un copain qui m’avait invité à venir voir comment lui travaillait après que moi je lui ai montré comment je travaillais. Avec lui, il y avait toujours cette notion de partage."


"Jean, promets-moi de ne jamais être malade"

Quand Jacques Brel quitte les Marquises en juillet 1978 pour revenir en Europe, il s’installe à l’hôtel Beau-Rivage, à Genève. Deux jours avant de mourir, le 9 octobre, Maddly appelle Jean Liardon au milieu de la nuit. "Jacques se sentait très mal, elle m’a dit qu’il fallait qu’ils rentrent sur Paris immédiatement. Quand je suis arrivé dans la chambre, raconte-il, Jacques était en plein délire et en état de désorientation total. C’était un tel chaos que ce qui se passait était irréel. On a appelé une ambulance pour l’amener à l’aéroport et l’embarquer dans un petit avion d’affaires." Ce fut une journée terrible confesse le pilote suisse de même que son coauteur Arnaud Bédat. Ce dernier a recueilli le témoignage d’Aldo, à l’époque concierge de l’hôtel. Il se souvient de Brel lui lançant Au revoir concierge et Maddly fondant en larme à cet instant tut en s’écartant pour ne pas que le chanteur la voie en pleurs. "C’est dire à quel point ces dernières heures ont été d’une force émotionnelle inimaginable", souligne le journaliste.

D’autant qu’il faillait éviter toute fuite médiatique. "C’était une obsession totale pour Jacques, même quand il était malade, rappelle Jean Liardon. C’est pourquoi on l’a sorti de l’hôtel par l’arrière. Il a été évacué par les cuisines ! L’ambulance était contre la porte, personne n’aurait pu prendre une photo." Et le pilote de confirmer la véracité de cette phrase prononcée par Brel au moment d’être évacué : "Ça vaut bien la peine de se payer des palaces pour sortir par la cuisine". "Il était assez lucide quand il a dit cela, précise-t-il. Je pense que c’était dû à la médication que lui avait administrée le docteur France afin qu’on puisse l’emmener. Par contre, dans l’avion, il était extrêmement fatigué et déjà très absent."

Le dernier instant où Jean Liardon a été en contact avec Jacques, c’est dans l’ambulance qui l’emmenait à Paris. Vous a-t-il parlé à ce moment-là, lui demande-t-on ? L’émotion est perceptible au téléphone et c’est Arnaud Bédat qui répond. "Je prends le relais parce que Jean ne veut plus dire cette dernière phrase. Quand Jean s’est approché du brancard que l’on mettait dans l’ambulance, Jacques lui a dit : Jean, promets-moi de ne jamais être malade." "C’est tellement fort que je n’arrive pas à la dire, confesse Jean Liardon. Trop de souvenirs ressurgissent, ce que je ne veux pas. La force de cette phrase était telle que j’ai détourné le regard parce que j’avais peur de ne pas pouvoir tenir ma promesse… Dans l’avion, je lui avais plus ou moins promis que j’allais le ramener en Suisse à nouveau. Quand vous connaissez l’état de quelqu’un et que cette personne prend la parole pour dire ce qu’elle a dit, ça coupe le souffle… Vous ne pouvez ni parler ni regarder. La dernière image, c’est Jacques que l’on embarque dans l’ambulance pour l’hôpital, le reste ne se décrit pas…"

Charles Van Dievort

Betfirst - Livepartners

Ailleurs sur le web

Votre horoscope du jour par Serge Ducas

Bélier

Votre conjoint ne partage pas votre vision des choses. Vous avez davantage de mal à communiquer.

Taureau

Au travail, vos supérieurs vous proposent des tâches qui répondent à vos attentes ou vos compétences.

Gémeaux

Soyez prudent sur le plan financier. Prenez des dispositions afin de réduire vos charges à court terme.

Cancer

Vous restez très discret sur votre vie sentimentale. Surtout si vous venez de rencontrer quelqu’un.

Lion

Vous êtes indulgent et le premier à rendre service à un proche en difficulté. On se dispute votre compagnie.

Vierge

Vous êtes soucieux de l’image que vous voulez donner aux autres. Faire bonne impression est votre priorité.

Balance

L’atmosphère est tendue à la maison. Vous formulez des reproches à votre partenaire. Vous n’êtes pas tendre.

Scorpion

Comme pour le signe qui vous précède, vous avez des remarques à faire. Pour vous, c’est au travail que vous dites vos quatre vérités.

Sagittaire

Vous redonnez à votre couple l’insouciance qui a manqué à certains d’entre vous pendant des semaines.

Capricorne

Vous êtes plus compréhensif que d’ordinaire. Les autres vous découvrent sous un nouveau jour.

Verseau

Vous revenez sur une décision prise de façon trop précipitée. Vous rectifiez le tir avec succès.

Poissons

Vous travaillez en bonne harmonie. Votre attitude positive met une bonne ambiance parmi vos collègues.

Facebook