Musique

Dans les années 60, il y avait les chansons qu'on traduisait et les autres

BRUXELLES Tous ceux qui ont vécu ces années-là se souviennent de Bobby Solo. Comme Paul Anka, Roy Orbison, il est de ces artistes qu'on n'oublie pas.

Se souvient-on par contre d'un certain Jimmy Fontana ? Lui, il est davantage dans la colonne des oubliés. Et pourtant !

Ce Jimmy Fontana avait sorti en 1965 un slow qui valait bien Una lacrima sul viso. Cela s'appelait Il Mondo. Ce fut aussi un succès planétaire.

Alors, pourquoi se souvient-on de Bobby Solo et a-t-on, dans le même temps, oublié le nom de Jimmy Fontana ? Parce que le marché du disque, dans les années soixante, était centré sur les adaptations. Il existait dans les coulisses du show-business un personnage, l'éditeur, dont le travail principal consistait à chercher sur les marchés étrangers des chanteurs locaux, si possible connus, qui reprendraient, dans leur langue, les plus grands tubes.

En France - et donc en Belgique -, Il Mondo, la chanson de Jimmy Fontana, a été beaucoup plus entendue dans sa version française, Un monde, par Richard Anthony. Remarquez que Una lacrima sul viso aussi a été adaptée en français. Une larme sur un visage était chantée par un chanteur aujourd'hui oublié et qui, depuis s'est reconverti dans la publicité, Lucky Blondo. C'était joli. Et ce fut un succès.

Bobby Solo : "Lucky Blondo chantait très bien ma chanson. Et je ne m'en plains pas parce qu'il m'a fait gagner beaucoup d'argent en droits d'auteur. Mais, malheureusement, je n'ai jamais eu l'occasion de le rencontrer."

Dans ce cas, le succès de l'adaptation n'a pas éclipsé celui de la version originale.

Voilà comment l'un passe à la postérité et l'autre non.

Malgré le nombre important d'émigrants italiens vivant en Belgique et en France, le marché d'alors n'était guère ouvert aux succès transalpins, si ce n'est par le biais des adaptations.

Même le tout grand Adriano Celentano, idole emblématique de l'Italie des années 60, le Johnny Hallyday de là-bas, n'a guère eu droit de cité sur nos antennes à cette époque-là. Par contre, une de ses chansons marquantes et qui plus est autobiographique, Il ragazzo della via Gluck, était devenue, en 1966, un des plus grands tubes de Françoise Hardy, en même temps qu'une de ses plus jolies chansons, La maison où j'ai grandi.

Pour percer notre marché, Celentano devra, en 1970, adapter lui-même en français son tube Chi non lavora non fa l'amore. Si tu travailles On fait l'amour sera un joli succès.

Il n'empêche que ses années soixante gardent quand même quelques mégatubes italiens qui n'ont jamais été adaptés de manière marquante.

À commencer par Nel blu dipinto di blu de Domenico Modugno dont tout le monde a oublié le vrai titre pour ne se souvenir que du refrain : Volare.

En 1960, Marina fut un énorme succès créé par un Italien de Belgique, Rocco Granata qui vit et sévit toujours à Anvers.

Et puis surtout, il y eut la chanson gagnante de l'Eurovision 1964. Au temps où l'Eurovision, c'était quelque chose. Gigliola Cinquetti avait 16 ans à l'époque de son Non ho l'età. Cette chanson-là aussi dévasta tout, comme un ouragan.

Il est incontestable que ce succès prépara la voie de ceux qui, en 1965, ont suivi. Il Mondo et Una lacrima sul viso sont des petits de Non ho l'età.



© La Dernière Heure 2009