Musique Nous avions rencontré Charles Aznavour, ce 7 septembre, à Paris. Le chanteur avait encore "40 chansons qui attendent !"

"Si je suis prêt ? Attendez, va falloir que je fasse quelques vocalises avant, plaisante-t-il d’emblée avant de commencer notre interview, dans un prestigieux hôtel de la capitale française, au sujet de son prochain concert qui devait se dérouler ce 26 octobre à Forest National. Je me souviens de mes concerts à l’Ancienne Belgique, c’était très chaleureux. C’était un peu comme l’Olympia mais en Belgique. Tout était parfait dans la maison. Le public était un public d’habitués, il connaissait tout par cœur."

Et lorsqu’on lui demandait à quoi s’attendre sur scène, l’interprète de La Bohème ("qui a été faite par l’un des plus grands paroliers français d’origine belge, Jacques Plante", rappelle-t-il) rétorque "à rien et à tout. Une chanson que je n’ai pas chantée depuis longtemps sans doute. Je fais le tour de chant que j’ai envie de faire et non pas le tour de chant qu’il faut faire ! Moi je m’en fous, les premières chansons sont aussi bonnes que les dernières. Enfin, je suppose (sourire)"

Vous aviez déclaré un jour : "Je ne ferai jamais mes adieux ! " Pourquoi ?

"Pourquoi les ferais-je ? Ce seront les adieux qui vont se faire ma pomme un jour mais moi, je ne fais pas mes adieux. Parce que je trouve ça ridicule."

La retraite, pour Charles Aznavour, ça n’existe pas ?

"Non, c’est le retour ! Je ne vieillis pas moi, je prends de l’âge. Mais parce que c’est ce qu’il nous arrive. On peut vieillir à 12 ans mais prendre de l’âge, c’est une autre histoire…"

Vous aviez d’ailleurs déclaré que vous seriez le premier chanteur centenaire…

"Tant que le temps tient, je tiendrai. Ma sœur, elle, a 16 mois de plus que moi. Je lui ai dit : Attention, on sera centenaires toi et moi ! C’est juste un mode et une hygiène de vie. Pour que je sois en forme le matin, il me faut une heure et demie. Travailler le dos, les jambes et des tas de choses. Il faut qu’on prenne soin de soi. Soin de soi, c’est bien ça, ça fait chinois !" (sourire)

Ça vous ennuie quand on vous pose toujours la question au sujet de votre santé ?

"Non car je réponds simplement que quand je me réveille en vie, je suis en pleine forme. Car je pourrais ne pas me réveiller…"

Vous avez toujours été un peu rebelle. Cela ne semble pas avoir changé !

"J’ai tenté tout ce que je voulais et je dis ce que je veux dans mes chansons. J’ai retrouvé une chanson que je n’avais plus chantée depuis longtemps, Je reviens chez nous . Une autre qui dit Vivre vieux. Il faut oser violer l’écoute des gens et dire autre chose que ce qu’on dit d’habitude. Brassens l’a fait, Béart, Ferré, Ferrat et Nougaro aussi. On a des textes incroyables en France."

Un patrimoine en danger ?

"Il est en danger car les Français ne font pas d’effort. Je ne parle pas du public mais bien des artistes. Ils ne font pas traduire leurs chansons, ils continuent sur la routine. Moi je n’ai pas de routine, je cherche des auteurs pour traduire et, dernièrement, sur La Jeunesse , j’ai eu différentes versions. Je me suis même dit Pourquoi je ne demanderais pas à la femme du président ? Et Carla me l’a retraduite en italien."

Quels conseils donneriez-vous à un jeune artiste ?

"Je suis en train d’écrire un petit livret, qui fera 30 à 35 pages, avec en première page un texte d’une de mes premières chansons, Pour essayer de faire une chanson . Elle a aidé Sardou, il me l’a dit. Quand il était un peu en panne, il lisait la chanson. Je suis comme un flic, je cherche le petit truc qui fait que la chanson va avancer. Ce petit bouquin coûtera quatre sous. Je dis donc de laisser tomber le dictionnaire de rimes et de prendre le dictionnaire des synonymes car la chanson sera plus jolie et mieux écrite."

Êtes-vous flatté quand on vous dit que vous êtes l’artiste du siècle ?

"Moi, je ne me dis rien du tout. Je ne me regarde pas beaucoup dans le miroir pour dire Qu’est ce que t’es beau, grand, etc. Ça n’existe pas. On est ce qu’on est et on joue avec. N’est-ce pas comme ça qu’on dit en belge ?"

Quelle est d’ailleurs l’image qui vous fait penser à la Belgique ?

"C’est une gaufre (sourire) ! Qu’on me prépare à chaque fois que je viens chez vous d’ailleurs. Les anguilles au vert sont aussi mon plat préféré, comme Johnny. Normal, il les a connues avec moi ! Quand j’arrive dans un resto à Bruxelles, je ne dois même pas commander car ils ont déjà préparé mon plat préféré."