Musique

Les fans de Bertrand Cantat seront au rendez-vous, les défenseurs des droits de femmes aussi. L'ex-chanteur de Noir Désir, condamné pour la mort de Marie Trintignant en 2003, donne jeudi soir au Zénith son unique concert parisien, temps fort d'une tournée sous tension.

"Cantat a-t-il le droit de chanter ?", s'interroge L'Obs en une ce jeudi, relayant une question qui poursuit le chanteur, reparti sur les routes en mars. Comme avant plusieurs concerts de cette tournée marquée par des annulations et reports, un rassemblement de ceux s'indignant de son retour sur scène est organisé à 19H00 devant le Zénith, à l'appel de l'association "Osez le féminisme".

"On ne peut que regretter que le Zénith ait programmé Cantat et maintienne son concert", a indiqué jeudi à l'AFP sa porte-parole, Raphaëlle Rémy-Leleu, dénonçant un "positionnement cynique et révoltant". Le rassemblement sera, selon elle, "calme et digne" même s'il y a toujours "une forme d'irrationalité quand on parle de Cantat".

Un appel similaire avait conduit l'Olympia à annuler les deux concerts prévus le 29 et 30 mai, par crainte de "risques sérieux de troubles à l'ordre public". Près de quinze ans après la mort sous ses coups de l'actrice à Vilnius, le chanteur, qui avait rempli les salles en 2014 avec son groupe Détroit, a vu la pression s'intensifier autour de sa tournée, la première en son nom propre.

Pas de festivals d'été

Les premiers concerts ont déchaîné les passions, avec manifestations devant les salles et invectives. A Grenoble mi-mars, il avait même été accueilli aux cris d'"assassin!". S'en était suivi un échange tendu avec des manifestants. Face à cette mobilisation, Bertrand Cantat a renoncé aux festivals d'été.

Sur scène, comme encore mardi soir à Nantes, le chanteur de 54 ans se montre sobre, se contentant de remercier le public et laissant volontiers la parole à son acolyte Pascal Humbert.

Aucune information n'a été communiquée sur le nombre de billets vendus, mais le Zénith, d'une capacité de 6.000 places, ne devrait pas faire le plein.

"Je n'ai aucune raison juridique d'empêcher Bertrand Cantat de chanter. Si je le faisais, son producteur pourrait très bien attaquer", explique pour sa part Daniel Colling, le patron du Zénith. "C'est un monsieur qui a fait un acte condamnable, qui a été condamné, qui a fait de la prison", ajoute celui qui, en tant que responsable du Printemps de Bourges, avait programmé le rappeur Orelsan en 2009 quand d'autres festivals y avaient renoncé en raison d'une polémique sur des textes jugés misogynes.

Concerts jusqu'en décembre

Le Zénith sera vigilant, précise Daniel Colling, mais ne prévoit pas de renforcer "à outrance" son service d'ordre en dépit de la manifestation.

Bertrand Cantat a été condamné à huit ans de prison en Lituanie pour coups mortels sur Marie Trintignant. Transféré en France, il a été libéré en 2007 après avoir purgé plus de la moitié de sa peine.

Icône rock française des années 1990, le chanteur bordelais a progressivement repris son activité publique à partir de 2010, avec un album et une tournée avec Détroit suivi de la sortie, en décembre dernier, de son premier album solo "Amor Fati". La promotion du disque s'est faite sur fond de polémique à la suite d'une couverture des Inrocks consacrée au chanteur en octobre, en plein séisme Weinstein.

Une "une" dont Cantat s'est excusé dans une lettre publiée sur Facebook. Dans ce texte, il évoquait aussi son "droit à la réinsertion" et le "droit à exercer (son) métier", tout en "renouvelant" sa "compassion la plus sincère, profonde et totale à la famille et aux proches de Marie" Trintignant.

La justice bordelaise a confirmé cette semaine effectuer de nouvelles vérifications sur un autre dossier, le suicide de son ex-femme en 2010, tout en précisant que cela ne devrait pas "remettre en question" les premières conclusions qui avaient mis hors de cause le chanteur.

Sa tournée se poursuivra samedi à Lille et dimanche à Bruxelles, avant deux concerts les 20 et 21 décembre à Pau puis Bordeaux.