Concours Reine Élisabeth : les voies impénétrables de Shishkov

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Musique

Concours Reine Élisabeth : Vendredi soir - 1 !


BRUXELLES

Parmi les atouts du Biélorusse Artiom Shishkov, 28 ans (l’aîné de la session), figure le privilège de se produire avec "sa" pianiste, Dasha Moroz, et de former avec elle un authentique duo. De quoi pouvoir se livrer en toute sécurité à des partis d’interprétation très personnels comme cette façon d’entrer dans la 3e sonate de Brahms avec des sonorités non pas pianissimo mais quasi évanouies. C’est un trait déjà observé aux deux premiers tours, et qui permet au musicien de construire une dynamique expressive singulière, aux résultats inégaux, souvent portés aux limites de l’étrangeté ou du maniérisme L’adagio - lent et lointain - en est un autre exemple et plus encore le "poco presto" qui suit, à nouveau amorcé dans des sonorités sourdes et comme au ralenti pour se hérisser soudain d’éclats inattendus. Quant au finale, le plus fidèle à la partition et le plus réussi, Artiom lui donnera le caractère "agitato" indiqué par Brahms, tout en y introduisant, enfin, le soutien sonore et la progression dramatique absents depuis le début. Notant qu’à travers tout l’engagement est total. Cela lui réussira mieux par la suite.

Ainsi, dans le concerto de Sakai Kenji, et même si le volume sonore de l’orchestre laisse peu de place aux nuances, le soliste multiplie avec succès les propositions, faisant valoir la variété de ses couleurs et, pour le coup, n’hésitant pas à donner du son, à fond.

Enfin, contrairement à Brahms, Tchaïkovski bénéficie d’un tempo plutôt allant et si l’entrée du violoniste marque un élargissement, c’est avec musicalité et naturel. On est ici dans le pré carré du jeune Biélorusse : romantisme, passion et sentiments nourrissent un jeu ample et généreux, où chaque intention bénéficie d’une réalisation fignolée, inscrite dans une construction cohérente et portée par des sonorités lumineuses et raffinées. Ici, plus d’errance ni de maniérisme, la musique avance et agit (le violoniste est en nage, la fin de l’allegro s’en ressent). Cadré par l’orchestre - tant pour le tempo que pour le niveau sonore - Artiom offre ensuite une canzonetta intime et tendre, avant de se lancer dans le finale avec tout le feu, la vivacité et l’esprit de fantaisie qu’on peut en espérer, toujours dans des sonorités élégantes et maîtrisées (pas grandes mais en équilibre avec un orchestre attentif). La fin, dans laquelle le jeune artiste jette toutes ses énergies sans perdre le contrôle ni la musicalité, est magnifique.


© La Dernière Heure 2012

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