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L’artiste français a galéré mais son pari est réussi. “Plus jeune, je me cachais pour écouter du rock…”


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BRUXELLES Son premier single, Dans le ventre du crocodile , tourne sur les ondes. La voix est familière, mais pas le style… Pourtant, c’est bien lui. Disiz, le rappeur révélé il y a plus de dix ans avec J’pète les plombs , a décidé de tourner le dos au hip hop. Le résultat, c’est un album surprenant et convaincant.

Disiz, qu’est-ce que ça représente pour vous, le rock ?

“C’est une longue histoire ! Au début des années 90, dans la cour de récré, il y avait d’un côté les noirs et les Arabes qui écoutaient du rap et de l’autre les blancs aux longs cheveux qui écoutaient du rock. Malheureusement, en tant qu’adolescent, tu dois choisir ton camp. Et moi, j’aimais aussi le rock… que je devais écouter en cachette. En rentrant, dans mon walkman, les Guns’n’Roses tournaient en boucle. C’était ma référence rock… tout comme les Beatles, dans un autre genre.”

Comment avez-vous décidé de faire un album de rock ?

“Il y a six ans, à force de chercher des samples pour mes albums rap, j’ai redécouvert des artistes comme David Bowie, Iggy Pop, Jimi Hendrix, Led Zep, Police, Talking Heads… Cela m’a donné envie de simplement faire ce qui m’inspirait. Mais cela a été le parcours du combattant…”

Pourquoi ?

“Parce que ma maison de disque de l’époque ne voulait pas en entendre parler. Et j’ai galéré pour en trouver une autre ! Être métisse et faire du rock, en France, visiblement ça ne le fait pas… Qu’on arrête de mettre des étiquettes : ce nouvel album, il faut l’aborder sans aucune attente.”

C’est difficile, pour un rappeur, de se mettre au vrai chant ?

“Ce n’est pas évident. J’étais parfois un peu… gêné. J’ai l’oreille musicale et je pense chanter juste mais je n’ai pas osé me livrer totalement. Je pense que je me lâcherai plus sur le prochain album.”

Vous signez cet album sous le nom Disiz Peter Punk. Pourquoi ne pas changer complètement de nom ?

“Même si c’est un virage à 180 degrés, il y avait un reste de Disiz. Je voulais simplement tout réunir, en évitant la schizophrénie rock-rap. Mais le prochain album se fera sous le nom de Peter Punk… tout court.”

Comment le public accueille-t-il vos nouveaux titres sur scène ?

“Mon dernier concert en Belgique, à Charleroi, était évocateur à cet égard. J’ai fait trois titres rap avant de changer de style. Un tiers des gens est parti. Un autre tiers s’est montré assez curieux et le dernier tiers était à fond dedans. Au fil des concerts, la proportion de convaincus augmente. De mon côté, je prends mon pied. Car j’ai écrit cet album en l’imaginant sur scène. Et c’est la première fois que je faisais ça.”

Disiz, Dans le ventre du crocodile , PIAS



© La Dernière Heure 2010