Musique Patrick Fiori a notamment travaillé chez lui, en Corse

BRUXELLES Ne vous fiez pas à son attitude, sur la pochette de son nouvel album... Assis dans un coin, dos à la fenêtre, Patrick Fiori a l'air presque mélancolique. Pourtant, son titre Si on chantait plus fort dit tout le contraire. Point de tristesse à l'horizon mais juste un bonheur immense d'être de retour sur le devant de la scène, trois ans après son dernier disque. «Non, ce n'est pas parce que j'ai l'impression qu'on ne m'écoutait plus, s'amuse le Corse. C'est juste une invitation à chanter. Vous n'imaginez pas le nombre de gens qui chantent en voiture, à la maison, dans la salle de bain. Moi-même...»

Si ses fans ont pu trouver le temps long depuis Patrick Fiori, en 2002, lui l'a à peine vu filer. Entre les concerts et la gestation du petit dernier, il n'a pas cessé de travailler. Dans le cadre idyllique de l'île de Beauté, notamment, puisque l'artiste, comme de plus en plus d'autres, s'est installé un studio à la maison. En tout, ce sont donc 12 chansons et deux bonus qui forment cette nouvelle galette, complétée, dans son édition limitée, d'un DVD où l'on découvre une partie de l'envers du décor et quelques secrets de fabrication. «On y raconte l'histoire de l'album, explique-t-il, enthousiaste. Il y a aussi un clip, le making of... Et il nous reste plein de matière... On a tourné pendant deux mois. Vous imaginez la quantité d'images que l'on a rassemblées?»

Incapable de choisir parmi les titres de Si on chantait plus fort celui qu'il préfère - «C'est comme demander de choisir entre ses enfants», dit-il -, Patrick Fiori est également fier de toutes ses chansons. Et aussi de ceux qui les ont composées. «Après la fin de ma dernière tournée, j'ai battu le rappel des troupes», explique-t-il. «Les fidèles et quelques autres. Et puis, les musiciens que je connais bien. J'ai besoin de complicité et de générosité dans le travail. Je ne peux avancer que comme ça.»

Une collaboration qui, de son propre aveu, l'a vu grandir artistiquement. «Coécrire avec des gens comme Jean-Jacques Goldman, forcément, ça vous élève. Et ça me plaît beaucoup. Si j'avais dit ça il y a quelques années, je suis sûr qu'on aurait pensé que je me la jouais... Mais ces artistes ont compris mon souhait et pour moi, c'est une belle satisfaction.»

A 36 ans - fêtés le 23 septembre dernier -, Patrick Fiori s'offre un petit vertige lorsqu'il regarde en arrière. 25 ans dans le métier, à son âge, ce n'est pas si courant. «Mais je ne les ai pas vus passer», dit-il. «Je mesure ma chance, tout le temps. Quand je suis sur scène, le plaisir est intact. Tant de gens ont du mal à savoir ce qu'ils veulent faire dans la vie. Moi, je n'ai jamais eu de doute et ça a marché. Il faut savoir prendre ce que la nature nous offre. Dans mon cas, disons que c'est un organe un peu particulier... J'ai connu des peines d'artistes, des déceptions. Mais rien n'aurait pu m'arrêter. Arrêter de chanter, c'était arrêter de vivre.»

Conscient que sa carrière en solo doit beaucoup au succès de Notre-Dame de Paris - «La sono était assez forte, plaisante-t-il. 15 millions de disques vendus, ça fait du bruit» -, il estime, après coup, avoir géré tout ça avec sérénité. «Je pense que, malgré tout, je suis resté normal, commente l'artiste. «Mais il a fallu rester calme, parce que tout pouvait se mélanger assez vite...» Bien entouré, il a su mettre le holà et faire respecter sa vie privée. «Quel dommage que l'on ait pu s'intéresser à ça et pas à ma musique», dit-il encore. «Mais j'ai, je crois, rectifié le tir.»

En chantant plus fort et en invitant son public à le suivre dans cette... voix.

Patrick Fiori, Si on chantait plus fort, (SONY/BMG)

© La Dernière Heure 2005