Musique

Dans l'attente d'IAM, tête d'affiche de la soirée de samedi, la 16ème édition d'Esperanzah! a déjà livré sa première pépite...

+/- Festival revisité

On aimerait ne dire que du bien, et même du très bien, du festival Esperanzah!, tant ça reste l'un des rendez-vous musicaux les plus attachants et cohérents de l'été dans le sud du pays. On connaît les ingrédients du succès dessiné, année après année, par l'équipe de Jean-Yves Laffineur: un décor (l'abbaye de Floreffe), un concept (un autre monde est possible) et une ligne artistique (des artistes connus, et surtout à découvrir, en provenance des cinq continents). Cette 16ème édition, on vous le confesse, était une redécouverte pour nous, après quelques années d'infidélité... Bon, on ne s'est pas vraiment senti dépaysé par la redistribution des espaces scéniques, villages et autres comptoirs. Mais il y a un truc qui a changé et qui, au risque de faire vieux préfet de collège jésuite, gâche le plaisir de nombreux festivaliers: ça pue davantage la "beuh" (cannabis) que la Floreffe (la bière) aux quatre coins de l'abbaye dès le début d'après-midi! Et quand vous débarquez avec une enfant de 9 ans, toute excitée à l'idée de vivre son premier festival de musique, et qu'elle vous dit, le concert à peine entamé, "papa, j'ai la nausée, on s'en va?", vous vous dites qu'Esperanzah! n'est plus le festival "familles et enfants admis" qu'il était.

+ Uman en mode reggae

© GUILLAUME JC

Manuel Istace, alias Uman, n'est plus à présenter aux fans de la scène rap noir-jaune-rouge. Il en est un des pionniers. Mais, aujourd'hui, le Bruxellois a mis le rap de côté pour se donner à 100% au reggae. En témoigne son quatrième opus solo, "Umanist", sorti au printemps dernier. Sur la scène "Alpha" de l'abbaye, on doit bien admettre que la sauce n'a pas pris tout de suite, en milieu d'après-midi, malgré une belle énergie et un public nombreux. Il finira tout de même par soulever l'enthousiasme de celui-ci, manifestement aussi sensible aux textes frondeurs de Uman qu'aux seules rythmiques "made in Jamaïca". Il n'hésitera pas à s'emparer de l'actu la plus chaude (l'expulsion, vendredi, de migrants du parc Maximilien, à Bruxelles) pour hurler sa colère contre le "racket" des flics. Avant de conclure avec un "Bienvenue en Belgique" qui, même si le morceau date déjà de 2010, n'a rien perdu de sa pertinence!

+ BCUC, phénoménal

© GUILLAUME JC

Le programmateur d'Esperanzah! ne s'est pas trompé en mettant la main sur BCUC, collectif sud-africain très sollicité actuellement sur les scènes européenne. Et pour cause: les "nouveaux dieux du rock sud-africain" font sensation partout où ils passent! Et, n'en déplaise aux fans d'IAM, il est fort à parier que BCUC ("Bantu Continua Uhuru Consciousness", ce qui signifie "l'homme est en marche vers la liberté de conscience") restera la sensation de cette édition 2017 d'Esperanzah! Entouré de quatre percusionnistes, d'un bassiste (seul instrument électrique) et d'une excellente choriste, le leader de BCUC, Jovi Nkosi, démarre au quart de tour pour une prestation phénoménale de soixante minutes. Devant la scène principale, c'est noir de monde. Le public suit avec émerveillement le rythme effréné imposé par le collectif. A Johannesbourg, leur ville natale, on appelle ça de l'africangungungu. Comment dire....? C'est puissant, intense, énergisant, envoûtant. Il y a des rythmes africains traditionnels, de la soul, du rock, du blues, du funk... C'est de la dynamite, BCUC!