Musique

Alain Delon a soutenu le spectacle imaginé par Jacques Pessis et chanté par Nathalie Lhermitte

LIÈGE Jacques Pessis est un journaliste parisien, homme de plume, de radio et de télévision, incollable pour tout ce qui concerne les grands de la grande époque. Trenet, Brassens, Brel, Piaf,...

On lui avait demandé une conférence sur la vie d'Édith Piaf, pour le 14 décembre 2004 à l'Opéra-Comique de Paris. Il avait eu l'idée de demander à une chanteuse qui fait du Piaf, Nathalie Lhermitte, d'illustrer sa conférence par quelques interprétations.

De cette initiative est né un spectacle, un vrai, où Pessis continue à raconter le cheminement de la grande Édith, où Nathalie interprète le personnage et où un accordéoniste l'accompagne, Piaf Une vie en rose et noir. C'est tout simplement sublime au point que ce spectacle tient l'affiche depuis plus de trois ans mais, avant samedi soir au Forum de Liège, n'était jamais venu en Belgique. Jacques Pessis : "Parce qu'en Belgique tournent déjà plusieurs spectacles Piaf. La tendance était de considérer que Nathalie était une chanteuse de plus à le faire. Or, ce n'est pas ça du tout. Nous sommes partis du principe que si les gens connaissaient les chansons de Piaf, ils ne connaissaient pas sa vie. D'autant que nous avons lancé notre spectacle bien avant la sortie du film. Nous nous sommes retrouvés programmés pour vingt soirs dans un petit lieu de Paris. Par amitié, Alain Delon m'a fait le plaisir de venir nous voir. Il a pleuré pendant la représentation et il nous a dit : "Je vais vous aider !" Grâce à lui, nous avons disposé de moyens pour développer le spectacle. Nous avons dépassé la 450 e représentation. Et nous avons fait le tour du monde, puisque nous nous sommes produits au Canada, à La Réunion, à Tahiti, au Liban et dans les Émirats arabes."

Sur scène, Jacques Pessis est narrateur et comédien. Mais le gros du spectacle repose sur Nathalie Lhermitte qui joue le rôle de Piaf, qui change de tenue pratiquement pour chacune des dix-sept chansons, qui se cache parfois sous des bonnets et des chapeaux mais qui, fondamentalement, a choisi de rester blonde. Ce que Piaf n'était pas. Et pourtant, oui, la magie opère. "Ça, c'était ma gageure ! Je ne voulais pas de perruque. Ce spectacle ne s'est pas fait comme les autres. Il s'est monté petit à petit. Plus que d'essayer d'être elle, j'avais l'envie de donner ce que je ressentais et surtout de rendre ce qu'elle m'a donné. J'aime raconter que, dans ce spectacle, en quelque sorte, je jongle avec des espèces de bols. Je passe de l'un à l'autre. Parfois, je suis davantage moi-même. Parfois, même si ce n'est pas de l'imitation, il peut m'arriver de forcer le trait."

Vous avez visionné ses spectacles pendant des heures ?

"J'ai surtout étudié sa manière de marcher. Il n'y a qu'une chanson où la gestuelle est fidèle du début à la fin : La Foule. En revanche, elle a habité chez moi pendant de longues heures. Je mettais la cassette pendant que je faisais la vaisselle ou les choses de la maison, et elle vivait à côté de moi."

Vous avez toujours chanté Piaf ?

"J'ai commencé à chanter dans les bals à l'âge de 6 ans et j'ai toujours eu une ou deux de ses chansons à mon répertoire. Comme tout le monde, à l'époque. Après, j'ai chanté des choses très différentes et je n'étais pas une spécialiste. On m'a d'abord demandé de participer à un autre spectacle sur la vie de Piaf, une comédie musicale, où nous étions vingt-cinq sur scène. Et après, Jacques Pessis a fait appel à moi pour ce spectacle-ci. Alors oui, je me suis intéressée à elle. J'ai lu presque tous les bouquins. De temps en temps, je vais sur sa tombe. C'est maintenant une femme que j'aime et, pour moi, ce spectacle est devenu un hymne à l'amour."



Propos recueillis par

Eddy Przybylski



© La Dernière Heure 2008