Musique Manau a enflammé le public clairsemé de l'esplanade des Beaux-Arts

CHARLEROI On ne peut pas dire que le public ait répondu en masse à l'appel des autorités communales de Charleroi qui, après le succès du concert (gratuit celui-là) de Larusso et Patricia Kaas, veulent imposer un festival à Charleroi.

Ils ont pour cela mandaté une boîte de production française, qui leur a créé un événement clé sur porte. De la sono à la sécurité tout le monde avait passé la frontière pour un petit week-end à Charleroi.

Une organisation professionnelle, certes, mais la convivialité si chère aux Carolos en a pris un sacré coup. Ce qui n'explique pourtant pas le peu d'engouement du public. Si l'on met à part les chiffres fantaisistes avancés par l'organisateur français, il faut compter un bon 1.500personnes pour la soirée du vendredi, et peut-être un peu plus pour le samedi, soit environ 4.000 spectateurs sur deux jours, ce qui est franchement peu, compte tenu des moyens déployés et de l'affiche présentée.

Ainsi le vendredi soir, sur le coup de 20 heures 30, les spectateurs qui s'étaient déplacés au pied du podium du palais des Beaux-Arts ont pu apprécier l'entrée en scène dynamique d'Eve Angeli. D'origine italienne, cette compositrice et interprète a eu le bon goût de chanter Perche lo faï pour les nombreux Italiens qui étaient présents. Elle reçut d'ailleurs une foule d'applaudissements. Elle mit ensuite l'accent sur sa chanson Elle qu'elle reprit même avant de quitter définitivement la scène. Elle en profita pour faire passer un message contre la drogue.

Peu de temps après qu'elle eut quitté le podium, les premiers cris sont sortis de la foule pour réclamer la reine de la soirée, Hélène Ségara. Qui n'a pas manqué son entrée et les mains se sont mises à frapper plus fort aux sons des premières notes. Elle a tenu à rappeler que c'est en Belgique qu'elle avait connu son premier vrai succès. Elle a multiplié ses chansons connues avec notamment Il y a trop de gens qui t'aiment et Au nom d'une femme. Elle a même gratifié le public de l'air de Bugs Bunny alors qu'elle parlait des chansons pour enfants. Une Hélène détendue et qui vu combien les Carolos l'appréciaient. Enfin, la soirée s'est clôturée avec Emile et Image et leurs succès légendaires comme Les démons de minuit, Calicoba...

De Manau à De Palmas

La soirée du samedi débutait en force, avec l'inusable B.J. Scott, qui remplaçait au pied levé Eagle Eye Cherry qui avait déclaré forfait. L'Américano-Belge a réalisé une prestation musclée, tout en énergie. Une pop-rock sautillante, servie par une voix chaude, qui a étonné la plus grande partie du public, venu essentiellement pour les Bretons de Manau et qui n'avait jamais entendu parler de cette grand-mère. Choc des générations? Beverly Jo s'est démenée pour faire bouger son public, pour tenter de faire passer son message, mais seuls quelques trentenaires allumé(e)s ont marché. Dommage. Surtout quand, quelques minutes plus tard, Manau provoque le délire rien qu'en entrant sur scène. Le public était venu pour eux, et il en aura eu pour son argent. La tribu Manau est une machine bien rodée. Sur les samples celtiques de La Belette ou de La Tribu de Dana, le public carolo a joué le jeu à fond. C'était Fest Noz à Charleroi.

L'ambiance est ensuite redescendue d'un cran (tandis que le niveau musical prenait le chemin inverse) avec l'arrivée de De Palmas et de sa guitare. Les briquets se sont quand même levés, pour quelques belles balades dont il a le secret.

La soirée s'est ainsi achevée dans une douceur qui n'avait d'égale que la température de ce début d'été. Les grappes de spectateurs se sont dispersées à travers la ville, certains allant à la recherche d'autres styles musicaux, d'autres rejoignant la brocante des quais (pas loin de 100.000 personnes lors du feu d'artifice à minuit et demi!).