Musique

Mercredi, le bunker forestois affichait complet au creux de l'après-midi, pour la venue de Gorillaz quelques heures plus tard. Il faut dire que la bande à Damon Albarn est plutôt rare en concert, et que la sortie de son cinquième album («Humanz») il y a quelques mois venait mettre un terme à six années de silence longues et difficiles pour les fans du combo britannique. Nous étions d'ailleurs nous aussi curieux de voir ce que nous réservait le plus célèbre groupe virtuel du monde en live, et comment les coups de crayons du génial Jamie Hewlett allaient prendre vie sous nos yeux.

Pourtant côté mirettes, ce fut une petite déception. Peut-être avions nous trop fantasmé ce concert, imaginant les avatars des membres projetés en trois dimensions, des hologrammes pendus au plafond et des (feux d') artifices à foison... Mais, côté scénographie, rien de très extravagant. Il y avait du monde sur les planches par contre. En plus de ses musiciens, Albarn avait emmené une jolie brochette de choristes aux allures de chorale gospel, injectant ce qu'il faut de groove et de senteurs funky tout au long d'une prestation de presque deux heures.

Quelques emcees avaient également fait le déplacement. Si la dernière plaque de Gorillaz convie des cadors de la planète hip hop comme Vince Staples, Danny Brown ou encore Pusha T, nous n'espérions pas croiser l'un de ces trois-là ce soir-là. Plutôt énergiques et zélés – peut-être un peu trop – , Peven Everett et l'impressionnant Jamie Principle ont tentés d'occuper l'espace au mieux, se dépensant sans compter d'une extrêmité à l'autre de l'estrade.

La jeune et talentueuse rappeuse anglaise Little Simz, déjà en charge de la première partie, nous a plutôt impressionnés. Du haut de ses 23 printemps, la demoiselle a fait monté le mercure à chacune de ses interventions. On aurait beaucoup aimé voir Del the Funky Homosapien débarquer pour scander ses couplets sur "Clint Eastwood", mais le sourire et le flow légendaire de Vincent Mason (DJ/MC et gourou de De La Soul) sur "Feel Good Inc." suffira à nous le faire oublier.

Le sourire fut d'ailleurs un des ingrédients majeurs de ce show bruxellois. Celui d'Albarn, s'agitant comme un enfant sur un grand terrain de jeu, n'a jamais faibli. En chef d'orchestre rock'n'roll, le chanteur de Blur a jonglé avec enthousiasme entre melodica, piano et guitare, offrant même quelques parenthèses plus apaisées avec le charme et le flegme qu'on lui connait. C'est la musique qui fait planer Damon, et c'est elle qui désormais prend le pas sur l'esthétique et le futurisme du projet Gorillaz. On verra s'il en est de même cet été à Werchter, pour le retour de la bande sous nos latitudes.