Musique Les Belges ont enregistré leur 2e album au Rancho de la Luna

BRUXELLES Hulk: si le nom prête à sourire, les Louviérois ne s'en offusquent pas, eux qui manient l'art bien belge de l'autodérision. «On n'a jamais demandé à Nirvana l'origine de son nom... On va s'approprier le nom de Hulk. Il sonnait seventies, où on retrouve certaines de nos racines, avant la sortie du film. Du reste, Hulk veut dire monstre.»

Ou plus exactement carcasse, voire épave, mastodonte ou malabar si l'on se réfère à un dictionnaire anglais, sans vouloir déjuger Renaud Mayeur, le chanteur du groupe. Par contre, s'ils jouent sur leur belgitude, il y a un trait typiquement noir-jaune-rouge que le trio d'origine hennuyère repousse avec toute la force qu'il met dans ses compositions: ce satané complexe d'infériorité. «Il faut un petit côté mégalo. Si tu ne l'es pas en faisant du rock, c'est presque grotesque. Pour moi, c'est la guerre. On est là pour s'afficher dans le monde, pourquoi faudrait-il s'en tenir à la Belgique? Nous ne nourrissons pas de complexe vis-à-vis d'où on vient. Charlemagne, Scifo, Sandra Kim étaient wallons, se marre Herr Mayer. On veut se mesurer, dans un bon esprit, avec les Américains, les Anglais.»

Après avoir sorti un premier album, avoir beaucoup tourné là-bas, Hulk sort avec Cowboy Coffee & Burned Knives un deuxième album ambitieux. «Nous devions prendre les meilleurs outils pour être diffusés.»

Alors direction les States, Josuah Tree et le Rancho de la Luna, le fief de Dave Catching, ce qui a fait dire à certains que Hulk était les Queens of the Stone Age belges.«Après avoir assuré la première partie des Bellrays, le bassiste, qui est aussi le producteur du groupe, nous a dit qu'il aimerait bien produire notre prochain album dans son studio à Los Angeles», se souvient Gioacomo Panarisi, le batteur. «On s'est renseignés, mais on trouvait que le son des Bellrays n'était pas exceptionnel, un peu garage. Et qu'aux Etats-Unis, le top, c'était le Rancho de la Luna. En faisant des dates avec Mondo Generator, on a posé la question à Dave Catching, leur guitariste. Il a accepté et nous a fait une réduction.»«Il nous a dit qu'il était très honoré, façon John Steed», surenchérit Renaud Mayeur, amusé et réconforté par l'accueil reçu. Car en arrivant là-bas, en plein désert, les red necks, c'étaient eux, même s'il est hors de question qu'ils se fassent marcher sur les pieds, forts de leur conviction. Enregistré et mixé en neuf jours, ce deuxième album sans concession, pur, dur réunit 13 chansons sur les 21 initialement réalisées.

«Avant tout, c'est l'album de Hulk, poursuit le batteur. On n'a pas pris tous les morceaux faits avec eux, cela aurait sonné trop featuring-marketing. On les sortira peut-être au cours de l'année.»

En évitant de sombrer dans la facilité avec des collaborations prestigieuses, les Belges ont voulu conserver leur ligne de conduite, garder leur cohérence et leur identité.

«On a quand même inclus des choeurs, des duos et deux interventions majeures: David Catching qui joue de la guitare sur deux morceaux, et l'ingénieur du son qui joue de l'orgue sur deux autres morceaux. Il y a aussi des backing vocals de Chris Goss. Au niveau de la compo et de la base, c'est nous. Sur la chanson en bonus track, Brant Bjork a composé les paroles et a chanté avec nous. C'était important de marquer le coup, c'est notre album.»«Ce ne sont pas les desert sessions belges», rigole Giacomo Panarisi.

Au Rancho de la Luna, les Belges ont découvert un nouvel univers. Un peu stressés à la base, ils ont vite trouvé leurs marques entre alcool («Avant d'être à 0,5, ils ne commençaient pas) et l'une ou l'autre substance illicite («Sauf pour chanter»). «Ils ont fait les choses de manière plus pointue, plus investie qu'ici mais tout en y mettant du coeur. Tout en se marrant bien aussi, se réjouit Renaud Mayeur. Je ne m'attendais pas à rencontrer des gens aussi simples et cordiaux. Je pensais qu'on devrait faire notre place, jouer des coudes, ménager des susceptibilités. Ils ont de la personnalité, mais ils ne sont pas caractériels. Ils sont tous adorables en faisant tout pour nous mettre à l'aise.»

Et cela se ressent dans une musique sans complexe, sans trop de concessions, que... Qotsa a appréciée. «Le but, c'est de pouvoir se consacrer à la musique», énonce Mathieu Dumont, le bassiste. Là, ça ne dépend plus que de vous...

Hulk. Cowboy Coffee & Burned Knives (Suburban/Music Shock).

© La Dernière Heure 2005