Musique À l’occasion de la sortie de leur DVD live, Nicola Sirkis et Oli de Sat d’Indochine nous parlent de leur avenir. Interview exclusive !

"On n’est pas là dans un état d’allégresse" , confie Nicola Sirkis, le leader d’Indochine au sujet du contexte terroriste actuel. "On s’est quand même posé la question pendant trois jours si on maintenait tout, y compris la sortie de ce disque, surtout qu’il a été enregistré au Stade de France. Mais une fois passées la tristesse, l’émotion, la sidération et la colère, il faut continuer à vivre. Coûte que coûte. Comme avant mais pas comme avant. En ayant toujours une pensée pour ce qui s’est passé avec les gens qui n’ont pas eu cette chance-là."

Ce qui n’empêchera pas le groupe de pop rock français de rejouer au Stade de France "car ces concerts de rock restent vraiment nos derniers espaces de liberté. Donc on se bat pour pouvoir créer de tels événements. Notre métier d’artiste a été attaqué, oui, mais ce sont avant tout des jeunes de notre âge qui tuent des jeunes de leur âge juste parce qu’il y a un problème de religion là-dessus, même si on ne peut pas parler de religion ici. C’est cela qui est sidérant. Mais eux, ne nous empêcheront pas de faire de la musique !"

Tout comme on n’arrête pas la pluie battante, pendant ce double concert historique de juin 2014...

"Ces deux dates clôturaient les trois ans de tournée de Black City Parade avec un public incroyable, dont de nombreux Belges. Ça été le jour et la nuit car on a eu la pluie le second jour. En 32 ans de concerts, on avait jamais subi à ce point mais cela donnait une dimension woodstockienne avec des techniciens qui faisaient des trous dans la scène pour évacuer l’eau… C’était fou ! À part le fait d’être trempé et d’avoir pris froid, ça a donné des images incroyables !"

Les bonus, avec les coulisses de la construction de ce show, dévoilent un peu votre intimité, ce chef d’orchestre minutieux qui a le souci du détail. Est-ce une volonté de casser un peu le mythe ?

"S’il y avait un mythe, on l’avait déjà un peu cassé lors du documentaire sur l’enregistrement de l’album. Tout le monde pense qu’on est haut perché, qu’on n’est pas trop dans la réalité alors que, justement, on est un peu trop dans la réalité. Cela montre comment on est. Mais faut admettre que le mauvais côté, c’est que cela brise un peu la magie. Mais une fois que la magie est passée, ça va. Ce concert était avant tout un immense son et lumière et, ce qui est génial avec Indochine, c’est qu’on y amène de l’émotion"

Depuis ce concert, on remarque que Mr Shoes (le batteur) et Matu (claviériste) ne font plus partie du groupe. Pourquoi ?

"Matu n’a jamais fait partie du groupe, officiellement. Comme Muse, il était le claviériste additionnel. Quant à Shoes, notre collaboration s’est arrêtée après cette tournée-là. Pendant cinq ans, j’ai essayé de répondre à une demande d’une partie du groupe qui voulait s’en séparer. J’ai tenu à ce qu’il reste jusqu’au moment où on ne pouvait plus car on divergeait vraiment musicalement. Après, c’est quelqu’un avec qui on s’est toujours entendu. Il a été remplacé par le Suédois Ludwig. Après presque 15 ans passés ensemble, ça fait du bien aussi de changer."

Les changements sont-ils bénéfiques pour le groupe ?

"Je pense que oui. Ce sont les nouvelles personnes qui influent une nouvelle donne, apportent un nouveau sens au groupe car ils bousculent la routine qu’on pourrait avoir. Et puis cela prouve que personne n’est irremplaçable. C’est cette fragilité qui est importante pour Indochine."

Irremplaçable, sauf vous ?

"Non, car après, je peux disparaître demain. Dans ce cas-là, je m’en fouterai s (rires) ! Je suis un fidèle, comme je peux l’être à la Belgique (où il a vécu 15 ans, NdlR) alors que je sais que ce métier est un métier d’infidèles."

De quoi sera fait le futur d’Indochine alors ?

"D’un nouvel album, si on arrive à l’écrire et le faire. Ce qui ne veut pas dire qu’on ne fera plus jamais de scène si plus d’albums. On s’est mis volontairement à l’écart, chez nous, pour réfléchir. Je ne sais pas si on a encore des choses à dire mais on voudrait un album court, efficace et dansant. Et on est en train d’y arriver même si on ne reviendra pas avant 2017."

Le danger serait de faire l’album de trop ?

"On s’est dit ça à chaque fois. Mais ça voudrait dire qu’avant de composer, on a envie de sortir un album parce qu’il le faut. Mais Indochine ne fonctionne pas comme ça. On compose car ça nous plaît. On n’a jamais fait pas de plan sur le futur, on fonctionne plutôt en approche sauvage. Il y a encore et toujours cette envie de partage et tant qu’elle est là et que la sincérité prédominera, on essayera de continuer."


"On a de la chance d’être encore là"

" Notre sincérité, notre innocence et le fait qu’on est un groupe pas irrationnel, qu’on n’est pas là pour s’enrichir ont sans doute fait qu’on a touché plusieurs générations". Voilà comme Indochine explique la longévité de leur succès après plus de 35 ans de carrière.  "On sait qu’on a de la chance d’être encore là."  Même leurs filles respectives sont  "contentes de venir nous voir. Il y a des choses qui les touchent mais elles nous le diront jamais ."  (sourires)

Indochine est d’ailleurs aussi connu pour ses fans parfois acharnés au point de tout faire pour ressembler physiquement à leur idole (comme Olivier, le candidat de la saison dernière de  Top Chef,  entre autres), Nicola Sirkis.  "Ça ne fait pas bizarre, c’est presque une chance d’avoir des fans qui vont jusqu’au bout. Surtout qu’on était plutôt les mauvais  (sic)  petits canards à l’école  (sourires).  Je ne vais pas dire que je suis fier mais c’est cool. Et pourtant, je vous assure que je n’ai jamais la même coupe !"  Et au guitariste Oli de Sat de conclure :  "Je pense que c’est typiquement français, on est les seuls à faire une musique pop rock avec des influences électro. Même dans le look, c’est pareil. Quand j’étais fan du groupe avant de l’intégrer, je me souviens qu’Indochine était comparé à The Cure car on avait la même coupe de cheveux. C’était tout simplement l’époque  new wave , une mouvance au look particulier, à la coiffure dandy et irrationnelle. Ce sont des gens a part, tout est à part, un peu comme nous !" (sourires)