Musique Akon est plus qu'une star montante du r'n'b, il prend également une ampleur politique

BRUXELLES Le plus sénégalais des Américains et le plus américain des Sénégalais est un personnage disponible. En quelques jours, nous sommes parvenus à obtenir une interview par téléphone avec Akon, le chanteur r'n'b en vogue du moment. Ces derniers mois, Locked Up, Belly Dancer mais surtout la ballade Lonely ont réveillé un univers funk qui s'assoupissait.

Un petit coup de fil d'une collaboratrice au sein de sa maison de disques et nous voilà en communication avec celui qui a plongé la tête de la musique urbaine américaine dans ses racines africaines. Un retour dans le passé d'une fraîcheur toute contemporaine. «Ces influences me viennent naturellement, répond l'artiste, qui nous a parlé depuis sa voiture, sillonnant Los Angeles. Ce n'est pas quelque chose que j'ai calculé.»

Akon est né au Sénégal et a émigré à l'âge de sept ans aux Etats-Unis. La famille d'Aliaune Thiam (son vrai nom) s'installe dans le New Jersey. Mais l'enfant ne parvient pas à s'adapter à son nouvel univers. Il y a plus qu'un monde de différence entre son pays d'origine et sa patrie d'adoption. «Le changement de vie m'a déstabilisé, ajoute Akon. Tout cela m'a amené à avoir de mauvaises fréquentations, à côtoyer des gens peu recommandables. J'ai assisté à des trafics, à des fusillades... Le résultat, c'est que j'ai fini en prison.»

Derrière les barreaux, Akon se cherche un exutoire. La musique (qu'il pratiquait déjà avant son incarcération) sera son mode d'expression. «J'ai écrit, composé... En sortant de prison, comme je savais que cela allait être dur d'avoir un boulot, je me suis lancé corps et âme dans la musique.» Devine Stephens, son cousin, le prend sous son aile et prospecte auprès des maisons de disques. Jusqu'à ce qu'un contrat lui soit proposé. «Je voulais que mon album Trouble soit autobiographique. J'avais des choses à dire, je sentais que je refoulais des frustrations, je voulais en parler à travers mes chansons.»

Avec Booba

A l'écoute de Trouble, on pénètre dans l'univers d'un artiste sincère mais réservé. Trouble, la chanson titre, met en garde, sans angélisme, contre les mauvaises fréquentations. Locked Up évoque avec gravité la période noire d'Akon, celle de la prison. Pour lui donner un retentissement international, Akon a d'ailleurs enregistré une demi-douzaine de versions en compagnie de rappeurs français, allemand, espagnol... «Ma version préférée est celle avec Booba», note d'ailleurs le Sénégalo-Américain. Ghetto jette un regard tantôt acerbe tantôt encourageant sur les quartiers difficiles. «Je n'ai pas de messages spécifiques à délivrer, tempère Akon. A la base, ce sont des messages personnels. Mais il est certain que beaucoup de jeunes vont se reconnaître dans ce que je raconte.»

Une détresse sentimentale transpire de Lonely, chanson pour laquelle le crooner à la voix tribale a utilisé un célèbre refrain. « Lonely se base sur une histoire vraie. Je rompais avec une petite amie. Le soir même, j'entrais en studio pour mettre ma tristesse en chanson. Je me suis mis à écouter de vieux tubes. En écoutant Bobby Vinton, je me suis dit: je ressens la même chose. La fille dont je vous parle a entre-temps écouté cette chanson. Je lui ai envoyé une copie du CD, des fleurs, des chocolats... Et notre relation a repris.»

Reste qu'Akon le romantique sait aussi être plus sérieux. «Le président du Sénégal m'a demandé d'être l'ambassadeur de mon pays aux Etats-Unis, j'ai accepté. Dans le même temps, je monte sur scène afin de récolter des fonds pour les petits écoliers sénégalais.» Si ses fonctions diplomatiques lui laissent du temps, le second album d'Akon devrait être prêt pour avril 2006.

Akon, Trouble (Universal).

© La Dernière Heure 2005